Après 1514, le tapis de cour persan se tisse à Istanbul et à Lahore
Dans la Tabriz du XVIe siècle, la cour safavide fit du tapis noué un dessin. Les Ottomans emportèrent ses dessinateurs comme butin de guerre après Tchaldiran les Moghols engagèrent ses tisserands pour Agra et Lahore. Le sol de prestige de trois empires fut l'œuvre d'artisans déplacés de force et payés à la journée.
En 1514, après avoir vaincu le chah safavide à Tchaldiran, le sultan ottoman Selim Ier emmena à Istanbul les artistes de cour de Tabriz. Quatre-vingts ans plus tard, l'empereur moghol Akbar faisait nouer des tapis à Agra, à Fatehpur et à Lahore par des tisserands formés en Perse, et son historien déclarait qu'« on ne songe plus aux tapis d'Iran. Le tapis de cour safavide — un dessin tracé sur papier puis noué d'après ce dessin — devint le sol de prestige de trois empires. Ses artisans furent déplacés comme un butin, payés cinq ou six pièces de cuivre par jour et, au Pendjab, quatre siècles plus tard, asservis enfants au métier à tisser.
Avant des sols sans tapis noué
En 1526, un prince timouride venu de la vallée de Ferghana vainquit à Panipat le dernier sultan lodi de Delhi et s'empara de l'Inde du Nord. Babur, le premier des Moghols, consigna son nouveau royaume dans les mémoires qu'il tenait en turc tchaghataï, et son verdict est demeuré célèbre « L'Hindoustan est un pays de peu de charmes. 4 La liste de ce qui lui manquait se lit comme l'inventaire de la belle vie persanisée dans laquelle il avait grandi à Samarcande, à Kaboul et à Hérat — de bons chevaux, des raisins et des melons, de l'eau fraîche, des bains, des collèges, du pain au marché.4 Les tapis n'y figurent pas, mais l'omission est révélatrice à un autre titre. Le monde de Babur, celui des dernières cours timourides, reposait sur des tapis à velours noué le monde indien qu'il conquit, pour l'essentiel, ne connaissait pas cet usage. Les sols des sultans de Delhi et des cours rajputes se couvraient de coton tissé des tapis plats appelés darī (dhurrie), des couvertures matelassées, et les simples toiles de sol blanches sur lesquelles l'hôte et ses invités s'asseyaient, adossés à des traversins disposés contre le mur.1 C'étaient là de beaux objets, issus d'une économie qui dominait déjà le monde en matière de toiles de coton, mais ce n'était pas le dense velours de laine du plateau iranien et de la steppe d'Asie centrale.
Daniel Walker, dont Flowers Underfoot (1997) fait autorité comme catalogue de référence des tapis moghols, a posé la question avec prudence les indices d'un tissage à velours noué en Inde avant la seconde moitié du XVIe siècle sont maigres, tandis que ceux qui montrent qu'il ne devint une industrie d'envergure que sous Akbar sont solides.1 L'historien de la cour moghole le dit lui-même. Écrivant dans les années 1590, Abuʾl Fazl rapporte qu'avant l'intervention de l'empereur les meilleurs tapis venaient de l'étranger et que « les marchands importent encore des tapis de Goshkan, du Khouzistan, de Kirman et de Sabzwar — quatre provenances iraniennes, citées comme l'étalon de la qualité.2 Le sol de prestige de l'Inde du Nord était, autrement dit, un objet importé.
Ces quatre noms méritent qu'on s'y arrête, car ils dessinent la carte de l'économie iranienne du tapis que la cour moghole allait entreprendre de copier. Goshkan n'est autre que Jowshaqan, bourg de tisserands situé dans les montagnes entre Kachan et Ispahan Kerman se trouve à la lisière sud-est du plateau et fut un centre de tissage royal sous les Safavides Sabzevar est au Khorassan, sur la route qui mène de Nichapour vers l'ouest le Khouzistan est la province de plaine située au fond du Golfe.27 Les marchands d'Abuʾl Fazl achetaient donc dans toute l'étendue de l'Iran safavide et de ses marges, et s'ils le faisaient, c'est que personne en Hindoustan ne savait encore fabriquer le même objet. Une cour qui mesurait sa splendeur à celle des Safavides et des Ouzbeks — ce que les Moghols faisaient sans relâche, dans leurs chroniques, leur architecture et leur diplomatie — ne pouvait laisser longtemps le sol de sa salle d'audience à des fournisseurs étrangers.112 En ce sens, le tapis n'était pas seulement un élément de mobilier. Il comptait parmi les épreuves visibles par lesquelles la nouvelle dynastie devait montrer qu'elle était capable d'entretenir une cour persanisée sur le sol indien.
Ce que recouvrait un sol d'Inde du Nord en 1550
Présentées sans détour, les catégories de revêtements de sol dont disposait une cour d'Agra ou de Delhi au milieu du XVIe siècle se répartissaient ainsi 1212
- Le darī — un tapis de coton tissé à plat, souvent rayé, fabriqué dans toute l'Inde du Nord pour le palais, la mosquée et la maison.
- La toile de sol blanche (chāndnī) — un simple drap de coton étendu sur un fond rembourré, siège ordinaire d'une audience ou d'un repas.
- Les couvertures matelassées et brodées — la version prestigieuse du même objet, travaillée en soie ou en coton, au sein d'une culture textile qui faisait de l'Inde le grand exportateur d'étoffes du monde.
- Les nattes d'herbe et de roseau — le sol quotidien du plus grand nombre.
- Les tapis à velours importés — iraniens et centrasiatiques, achetés par l'entremise de marchands, rares et coûteux.
Rien dans cette liste ne correspondait à un tapis à velours dessiné, fabriqué en Inde selon un modèle de cour. Moins de quarante ans après le verdict de Babur, trois villes indiennes abriteraient des ateliers impériaux de tapis, et en moins d'un siècle Lahore vendrait des tapis aux corporations de Londres.1212 Telle est la mesure de la transmission sur son versant oriental.
Le versant occidental partait d'une tout autre situation. L'Anatolie était une terre de tapis depuis trois siècles avant les Safavides. Les fragments à velours découverts dans la mosquée Alaeddin de Konya, attribués au XIIIe siècle seldjoukide, présentent des décors géométriques exécutés au nœud symétrique, dit « turc , et au XVe siècle les métiers de l'Anatolie occidentale — la région que l'on associera plus tard à Uşak — exportaient les tapis géométriques que les peintres italiens et flamands plaçaient sous leurs madones et leurs marchands, et que les marchands d'art appellent encore « Holbein et « Lotto du nom de ces peintres.8 Kurt Erdmann, le directeur de musée berlinois dont Siebenhundert Jahre Orientteppich (1966) a jeté les fondements de l'histoire moderne du tapis, situait ces tapis anatoliens à la racine de toute la connaissance occidentale du tapis « oriental .8 Avant 1514, le sol ottoman n'était donc pas nu. Il était couvert par une tradition plus ancienne, géométrique et nouée au nœud symétrique, qui ne devait rien au dessin safavide.
L'Anatolie et Le Caire avant le tapis de cour
En Égypte, les sultans mamelouks disposaient de leur propre manufacture. Les tapis mamelouks, tissés au Caire à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, comptent parmi les plus singuliers du monde islamique des compositions géométriques kaléidoscopiques d'octogones et d'étoiles dans une palette restreinte de rouge, de vert et de bleu, nouées au nœud asymétrique sur une chaîne de laine filée en S.817 C'était un art de cour, mais un art géométrique, qui ignorait entièrement le langage floral des médaillons et des arabesques.
Trois traditions antérieures à la transmission, donc
| Région | Nœud | Langage décoratif | Situation avant 1514 |
|---|---|---|---|
| Anatolie occidentale (Uşak et sa région) | Symétrique (« turc ) | Géométrique — étoiles, médaillons et treillis en répétition | Grande industrie d'exportation vers l'Europe depuis le XVe siècle |
| Le Caire mamelouk | Asymétrique | Géométrique — octogones et étoiles, palette restreinte | Manufacture de cour et d'exportation |
| Inde du Nord (Delhi, Agra, cours rajputes) | — (peu de velours noué) | Tissage plat de coton et toile de sol | Tapis à velours importés d'Iran et d'Asie centrale |
Aucune d'elles ne possédait ce que la cour safavide s'apprêtait à créer un tapis dont tout le champ était d'abord dessiné sur papier par un artiste de cour, comme un dessin curviligne unique et cohérent, puis reproduit nœud par nœud.67
La transmission conquête, exil et métier loué
Le tapis de cour safavide était lui-même une nouveauté en 1500. Le plateau iranien tissait le velours depuis des siècles, et les peintres timourides d'Hérat avaient représenté dans leurs miniatures des tapis à bordures d'arabesques mais les tapis de cour du XVIe siècle qui nous sont parvenus relèvent d'autre chose — de ce que la synthèse de l'Encyclopaedia Iranica appelle « l'apogée du dessin et de la fabrication du tapis persan , fruit du « patronage royal, de l'influence des dessinateurs de cour à tous les niveaux de la production artistique, de la large disponibilité de matériaux et de teintures produits sur place ou importés, et de l'accueil commercial, en particulier sur les marchés étrangers .7 Le mot décisif de cette énumération est dessinateurs. Sous les deux premiers chahs safavides, les motifs de l'atelier du livre — les médaillons de la reliure, les arabesques et les bandes de nuages de l'enluminure, les animaux et les chasseurs de la peinture — passèrent sur le métier à tisser.67
Tabriz, 1501–1540 le tapis devient un dessin
Ismaʿil Ier prit Tabriz en 1501 et en fit la capitale d'un nouvel État qui imposa le chiisme duodécimain à une population en grande partie sunnite.6 En 1510, il enleva Hérat aux Ouzbeks, et les artistes de la dernière cour timouride — les peintres et enlumineurs de livres les plus admirés du monde persanisé — furent conduits vers l'ouest pour servir la nouvelle dynastie dans les années 1520, le peintre Behzad travaillait à Tabriz.6 Ce fut le premier déplacement forcé d'artisans de cette histoire, et il convient de le relever, car celui qu'opérèrent ensuite les Ottomans vint s'y superposer.

À Tabriz, ainsi que dans les ateliers royaux de Kachan et de Kerman, la cour safavide produisit des tapis dont tout le champ obéissait au carton d'un seul dessinateur.711 La base technique le permettait. Le nœud asymétrique, ouvert d'un côté, se serre plus densément et rend les courbes avec plus de souplesse que le nœud symétrique d'Anatolie des chaînes et des trames de soie autorisaient des densités de nouage assez élevées pour qu'une ligne dessinée survive à sa traduction en velours.78 Le résultat pouvait accueillir tout ce que les peintres de cour savaient dessiner — un médaillon central flanqué de pendentifs, des quarts de médaillon aux angles, un champ d'arabesques en volutes, ou un parc de chasse peuplé de cavaliers, de lions et de cerfs. Hunt for Paradise (2003), de Jon Thompson et Sheila Canby, catalogue de la première exposition consacrée à l'art de cour safavide de la période 1501–1576, a plaidé pour que l'on lise tapis, manuscrits, textiles et objets de métal comme les produits d'un seul et même système décoratif de cour.6
Le point fixe de toute la tradition est une paire. Les deux tapis d'Ardabil, aujourd'hui conservés au Victoria and Albert Museum de Londres et au Los Angeles County Museum of Art, portent un cartouche contenant un distique de Hafez et une signature « Je n'ai d'autre refuge au monde que ton seuil. Il n'est d'autre abri pour ma tête que cette porte. Œuvre du serviteur du seuil, Maqsud de Kachan, en l'an 946. 19 L'an 946 de l'hégire correspond à 1539–1540. Les tapis proviendraient du sanctuaire de cheikh Safi al-Din à Ardabil, sanctuaire ancestral de la dynastie ils furent donc faits pour le lieu le plus saint de la maison safavide, sous Tahmasp Ier.19
Ce que permettait le nœud
La différence technique entre les traditions s'énonce aisément et ses conséquences sont décisives. Tout tapis à velours noué repose sur une armature de chaînes (les fils tendus dans la longueur du métier) et de trames (les fils passés en travers entre les rangées de nœuds) le velours s'obtient en nouant de courtes longueurs de fil teint autour de paires de fils de chaîne, puis en les coupant. La manière de nouer le fil détermine ce que l'on peut dessiner 78
- Le nœud symétrique — le fil s'enroule autour des deux fils de chaîne et ses deux extrémités ressortent entre eux. Robuste, il se prête au dessin anguleux et géométrique c'est le nœud de l'Anatolie et du Caucase.
- Le nœud asymétrique — le fil fait le tour complet d'un fil de chaîne et passe seulement sous l'autre, de sorte qu'une extrémité ressort libre. Il autorise un nouage plus dense et des courbes plus souples c'est le nœud de la cour safavide, du Caire mamelouk et, plus tard, de l'Inde moghole.
- Les armatures de soie — des chaînes et des trames de soie, plus fines et plus résistantes que la laine, permettent davantage de nœuds au pouce et une ligne plus nette.
- Le carton — un dessin du motif à l'échelle réelle ou mis au carreau, que les tisserands suivent nœud par nœud, de sorte que c'est la ligne du dessinateur, et non la mémoire du tisserand, qui gouverne le champ.
C'est la combinaison des deuxième, troisième et quatrième éléments qui fit du tapis de cour safavide un objet distinct de ceux qui l'avaient précédé. C'est aussi, très exactement, l'ensemble qui voyagea le tapis de cour ottoman adopta le nœud asymétrique alors que les tisserands anatoliens employaient le nœud symétrique depuis des siècles, et le tapis moghol commença avec lui pour ne jamais en utiliser d'autre.117
Tchaldiran et la route d'Istanbul
Le volet ottoman de la transmission commença sur un champ de bataille. Le 23 août 1514, l'armée de Selim Ier, avec son artillerie et ses janissaires armés de mousquets, anéantit la cavalerie qizilbash d'Ismaʿil à Tchaldiran, au nord-ouest du lac d'Ourmia Selim fit ensuite une entrée solennelle à Tabriz, où le sermon du vendredi fut prononcé en son nom.1018 Il ne garda pas la ville. Ce qu'il y prit, ce furent des hommes. La synthèse d'Oxford consacrée à la céramique d'Iznik rapporte qu'il « rassembla les marchands, les artistes et les notables du Khorassan qu'Ismaʿil avait installés de force à Tabriz et les expédia à Istanbul .18 Les artistes mêmes qui avaient été amenés d'Hérat à Tabriz furent ainsi déplacés une seconde fois, de Tabriz vers la capitale ottomane.
Les registres de solde du palais ottoman rendent l'événement lisible. Les livres de paie de l'ehl-i hiref, registres de la corporation des artistes du palais, consignent leurs noms, leurs gages, leurs ateliers et leurs dates d'entrée. L'étude que Murat Uluskan a consacrée à ces registres pour le règne de Soliman (1520–1566), publiée dans Belleten en 2021, suit les artistes de Tabriz un par un après Tchaldiran, écrit-il, « le sultan employa de célèbres artisans de Tabriz qui travaillaient auparavant soit au service privé du chah, soit à leur compte , lesquels furent retenus à Amasya pendant l'hiver puis, une fois parvenus à Istanbul, « affectés aux classes d'art correspondantes de l'organisation de l'ehl-i hiref du palais .9 Gülru Necipoğlu, dont l'étude parue en 1990 dans Muqarnas retraçait le passage du goût de la cour ottomane d'un style « timouride international à un style proprement ottoman, a montré comment ce groupe d'émigrés transporta le répertoire décoratif de Tabriz dans l'atelier de dessin du palais ottoman (nakkaşhane).10
L'un d'eux transforma les arts décoratifs ottomans. On attribue à Şahkulu, dessinateur formé à Tabriz et attesté dans l'atelier du palais depuis les années 1520 jusqu'à sa mort en 1556, le style saz — de longues feuilles dentelées qui balaient fleurs et oiseaux fantastiques — qui gagna des manuscrits ottomans les carreaux de céramique, les textiles et les tapis.1017 Sous Soliman, le nakkaşhane devint le bureau de dessin de l'empire, produisant des modèles que les potiers d'Iznik, les tisserands de velours de Bursa et les tisserands de tapis pouvaient tous suivre.10
Les métiers du Caire changent de maîtres

La seconde conquête ottomane fournit les métiers. En janvier 1517, Selim écrasa l'armée mamelouke aux portes du Caire et annexa l'Égypte et la Syrie. La manufacture de tapis du Caire survécut au changement de maîtres et changea de dessins aux octogones mamelouks, elle substitua le nouveau style floral de la cour ottomane — médaillons, feuilles lancéolées, tulipes, œillets, jacinthes — en conservant le même nœud asymétrique et la même laine égyptienne, fine et lustrée.17 Le tapis de cour ottoman qui en résulta réunissait trois héritages l'idée safavide d'un champ à médaillon dessiné, le vocabulaire floral du nakkaşhane d'Istanbul, et la technique comme les matériaux des tisserands mamelouks.1017
Puis l'État ottoman déplaça aussi les tisserands. Le catalogue du Metropolitan Museum consacré à son tapis de cour ottoman rapporte qu'en 1585 Murad III demanda que des tisserands cairotes, accompagnés d'une certaine quantité de laine égyptienne, fussent amenés à Istanbul, et que onze tisserands et leurs fournitures arrivèrent en effet.17 Les historiens de l'art débattent encore de la question de savoir si tel ou tel tapis de cour fut tissé au Caire, à Istanbul ou à Bursa le transfert de 1585 est le fait documentaire autour duquel tourne ce débat.17 Quoi qu'il en soit, le tapis de cour floral des Ottomans était un hybride qui n'existait que parce que les artisans de deux villes conquises avaient été contraints de travailler pour le vainqueur.
L'exil de Humayun et les ateliers d'Akbar
Le volet moghol commença par une défaite. En 1540, Humayun, fils de Babur, perdit l'Hindoustan au profit de l'Afghan Sher Shah Sur et passa les années suivantes en fugitif. En 1544, il atteignit la cour safavide et fut reçu par Tahmasp Ier, qui lui fournit des troupes sous conditions.6 Avec l'aide persane, il prit Kandahar puis Kaboul, et c'est à Kaboul qu'il réunit des artistes persans les peintres Mir Sayyid ʿAli et ʿAbd al-Samad, formés dans l'atelier de Tahmasp, le rejoignirent vers 1549 et l'accompagnèrent à Delhi lorsqu'il la reprit en 1555.16 Il mourut l'année suivante. L'atelier qu'il avait fondé passa à son fils, alors âgé de treize ans.
Akbar (r. 1556–1605) fit d'un atelier de peinture persan un système de production impérial. Ses kārkhānas — ateliers royaux où l'on fabriquait de tout, des armes aux parfums — comprenaient des ateliers de tapis, et l'Āʾīn-i Akbarī d'Abuʾl Fazl, répertoire administratif du règne achevé dans les années 1590, les décrit au chapitre consacré au département impérial de l'ameublement 2
« Sa Majesté a fait fabriquer des tapis de variétés merveilleuses et de textures charmantes elle a nommé des ouvriers expérimentés, qui ont produit de nombreux chefs-d'œuvre. On ne songe plus aux gilims d'Iran et de Touran… Des tisserands de tapis de toutes sortes se sont établis ici et y mènent un commerce florissant. On les trouve dans chaque ville, en particulier à Agra, Fathpur et Lahor.
Le passage revendique une substitution, dans la langue d'une cour qui savait exactement ce qu'elle remplaçait les tapis d'« Iran et de Touran — la Perse safavide et l'Asie centrale ouzbèke — étaient de ceux auxquels « on ne songe plus , parce que l'empereur avait fait venir les tisserands en Inde.2 Abuʾl Fazl donne même un prix. Dans les ateliers impériaux, un seul tapis de vingt gaz de long et de plus de six de large coûtait 1 810 roupies à fabriquer, « que les connaisseurs du métier ont estimé à 2 715 roupies .2 L'atelier était un centre de coûts autant qu'un atelier d'art, et les comptables de la cour en mesuraient la marge.
Qui porta le nœud
Les noms des tisserands ne nous sont pas parvenus. Ce que les tapis conservés enregistrent, c'est leur formation. Le plus ancien groupe de tapis moghols, attribué à Lahore et daté de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle, emploie le nœud asymétrique sur armature de coton, la disposition safavide du champ et des bordures, et des motifs safavides — combats d'animaux, bandes de nuages, palmettes — aux côtés d'éléments qu'aucun tapis iranien ne montrait palmiers indiens, éléphants, rhinocéros, qilin d'origine chinoise.1 Walker y voit l'œuvre de tisserands formés en Perse et de dessinateurs de style persan travaillant pour une cour dotée de ses propres appétits visuels les nombreux tapis que les marchands et l'érudition ancienne étiquetaient « Hérat ou « indo-persans se situent précisément sur cette frontière, et leur attribution à des métiers iraniens ou indiens demeure disputée pièce par pièce.18 La transmission emprunta, en somme, quatre canaux
- Des peintres de cour exilés — Mir Sayyid ʿAli et ʿAbd al-Samad, qui firent entrer le répertoire décoratif safavide dans l'atelier moghol.16
- Des tisserands recrutés — les « ouvriers expérimentés que l'empereur, selon Abuʾl Fazl, avait nommés, et les « tisserands de tapis de toutes sortes qui s'établirent à Agra, Fatehpur et Lahore.2
- Des tapis importés servant de modèles — les tapis de Goshkan, du Khouzistan, de Kerman et de Sabzevar que les marchands continuaient d'apporter.2
- Le nœud asymétrique lui-même — une technique, non un style, et le seul élément qui ne changea jamais.17
Ce qui changea et ce qui fut remplacé
Deux empires, une même langue du tapis
En 1600, le tapis de cour dessiné existait dans trois empires à la fois. La chronologie s'établit comme suit 12791719
| Année | Événement | Lieu |
|---|---|---|
| 1501 | Ismaʿil Ier prend Tabriz fondation de l'État safavide | Tabriz |
| 1510 | Prise d'Hérat les artistes de la cour timouride sont déplacés vers l'ouest | Hérat → Tabriz |
| 1514 | Tchaldiran les artistes de Tabriz sont envoyés à Istanbul | Tabriz → Amasya → Istanbul |
| 1517 | Conquête ottomane du Caire les métiers mamelouks adoptent le style floral ottoman | Le Caire |
| 1539–1540 | Les tapis d'Ardabil, signés par Maqsud de Kachan | Sanctuaire d'Ardabil |
| 1544 | Humayun à la cour de Tahmasp | Iran safavide |
| v. 1549 | Mir Sayyid ʿAli et ʿAbd al-Samad rejoignent Humayun | Kaboul |
| Années 1570–1590 | Ateliers de tapis d'Akbar à Agra, Fatehpur et Lahore | Inde du Nord |
| 1585 | Murad III fait venir onze tisserands cairotes et de la laine égyptienne à Istanbul | Le Caire → Istanbul |
| 1601 | Sigismond III Vasa commande des tapis à Kachan | Kachan |
| 1634 | Le tapis de Robert Bell pour la Girdlers' Company est tissé à Lahore | Lahore → Londres |
| v. 1650 | Apogée des tapis en pashmina du Cachemire et de Lahore | Cachemire, Lahore |
Dans le cas moghol, le changement fut total, car il n'existait rien sur quoi greffer la nouveauté. Deux générations après la création des ateliers d'Akbar, les tapis moghols s'étaient éloignés de leurs modèles safavides pour tendre vers un naturalisme proprement indien. Les grands tapis en laine pashmina des environs de 1650, attribués au Cachemire ou à Lahore — le Metropolitan Museum conserve un tapis orné d'iris, de tulipes et d'autres plantes en fleurs, ainsi que des fragments de tapis à treillis et à fleurs noués en duvet de chèvre sur soie, à des densités que peu de métiers iraniens ont jamais égalées — disposent en rangées des plantes fleuries isolées, chacune dessinée comme l'aurait fait un botaniste.1 Ce naturalisme floral traversa tout le système décoratif moghol sous Jahangir et Shah Jahan, du marbre incrusté du Taj Mahal aux bordures des pages d'album, et Walker y voit le moment où le tapis indien cessa d'être persan.112
Le tapis de Lahore et ses clients européens
Le tapis moghol devint aussi un produit d'exportation. Lahore — capitale d'Akbar de 1585 à 1598 et principal marché du tapis dans l'empire — vendait à des acheteurs iraniens, centrasiatiques et, de plus en plus, européens.112 En 1634, Robert Bell, administrateur de la Compagnie anglaise des Indes orientales et membre de la Worshipful Company of Girdlers, la corporation londonienne des ceinturiers, fit tisser à Lahore pour sa compagnie un tapis dont le champ portait les armes des Girdlers il appartient toujours à la compagnie, à Londres.1 Francisco Pelsaert, facteur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales à Agra, nota en 1626 que l'on tissait des tapis « en quantités modérées à Agra et à Fatehpur et que Lahore en était un marché.3 The Art of Cloth in Mughal India (2022) de Sylvia Houghteling, qui s'appuie sur les inventaires royaux et les chroniques, montre comment ces textiles circulaient, comme présents diplomatiques et instruments politiques, entre la cour moghole, les royaumes rajputes et du Deccan et les îles Britanniques.12
La cour safavide, de son côté, fit du tapis un produit d'exportation diplomatique à part entière. En 1601, Sigismond III Vasa, roi de Pologne, envoya le marchand arménien Sefer Muratowicz à Kachan commander des tapis de soie, dont au moins un aux armes royales les tapis de soie et de filés métalliques de ce type, dont plusieurs passèrent par mariage aux Wittelsbach et sont conservés à Munich, furent pris à Paris au XIXe siècle pour des ouvrages polonais et s'appellent encore « polonais .16 Chah ʿAbbas Ier, qui transféra sa capitale à Ispahan en 1598, y fonda des ateliers royaux, et le joaillier français Jean Chardin, présent en Iran dans les années 1660 et 1670, décrivit les manufactures royales qui tissaient pour la cour des tapis de soie, d'or et d'argent.11
Le tapis floral d'Istanbul
Dans le cas ottoman, le changement prit la forme d'un dédoublement plutôt que d'un remplacement. Le tapis de cour — floral, curviligne, noué au nœud asymétrique, dessiné au nakkaşhane et tissé au Caire et probablement à Istanbul et à Bursa — devint le sol du palais, des mosquées impériales et des grandes maisons.1017 Les tapis de prière du style de cour, avec leurs niches en arc emplies de fleurs et de lampes suspendues, en sont la forme la plus largement copiée. Mais l'ancienne tradition anatolienne ne disparut pas. Uşak continua de tisser ses propres tapis à médaillons et à étoiles au nœud symétrique pour l'exportation, de plus en plus influencés par les dessins de cour mais jamais remplacés par eux.8 Deux cultures du tapis coexistèrent l'une, de cour, qui descendait de Tabriz et du Caire l'autre, provinciale, qui descendait de Konya.
Ce qui fut évincé
La transmission ne se contenta pas d'ajouter. Elle évinça, et ces évictions constituent la moitié la moins racontée de l'histoire
- Le sol de coton indien au sommet de la hiérarchie. Le darī et la toile de sol blanche continuèrent d'être fabriqués en quantités considérables, mais le sol de prestige de la cour moghole et de ses imitateurs devint le tapis de laine noué. La catégorie de « beau tapis reçut en Inde du Nord une définition persane.12
- Le tapis géométrique mamelouk. Le style cairote des octogones et des étoiles, art de cour pendant un siècle peut-être, fut supplanté sur ses propres métiers moins d'une génération après 1517.17
- L'indépendance du tisserand à l'égard du dessin. Dans le système de cour, le tisserand exécutait un carton dessiné par un autre. Le savoir qui vivait dans la mémoire du tisserand — le répertoire de motifs géométriques noués par habitude — se trouva subordonné au dessin sur papier, et c'est le dessinateur, non le tisserand, qui signait Maqsud de Kachan, à Ardabil, était presque certainement le dessinateur, et non la main qui travaillait au métier.719
- La continuité même de l'atelier de cour en Iran. Les ateliers royaux safavides disparurent avec la dynastie. Le siège et la prise d'Ispahan par les Afghans en 1722 abattirent l'État safavide, et les ateliers de tapis de cour d'Ispahan et de Kachan ne reprirent pas leur production à l'ancienne échelle avant la fin du XIXe siècle.11
La dernière de ces évictions recèle une ironie qu'il faut énoncer sans détour. En 1722, le tapis de cour persan survivait plus sûrement à Lahore, au Cachemire et dans les terres ottomanes qu'en Iran même.
Ce qu'il en coûta
Le coût de cette transmission ne se compte pas en morts au combat. Tchaldiran fit des milliers de victimes, mais on s'y battit pour un territoire et pour une foi, non pour des tapis, et ses morts ne figurent pas sur la facture du transfert d'une tradition décorative. Cette facture fut acquittée dans une autre monnaie le corps, le temps et la liberté de ceux qui portèrent le nœud.
Des artisans comme butin de guerre
La première ligne de la facture est le traitement des artisans comme biens meubles de l'État. Deux fois en quatre ans, la même communauté d'artistes de cour fut déplacée par un souverain victorieux d'Hérat à Tabriz après 1510, puis de Tabriz à Istanbul après 1514.918 La lecture que fait Uluskan des registres de l'ehl-i hiref montre que le palais ottoman avait déjà procédé ainsi — après Otlukbeli, en 1473, Mehmed II avait ramené des savants et des artistes de la cour vaincue des Aq Qoyunlu — et qu'il considérait cette pratique comme un fruit ordinaire de la victoire.9 Les registres consignent gages et carrières ils ne disent rien de ce que perdirent les familles des artistes lorsqu'on les fit marcher de Tabriz à Amasya et qu'on les y retint pour l'hiver avant de gagner Istanbul.9 En 1585, la même logique fut appliquée par ordre administratif plutôt que par la conquête, lorsque onze tisserands cairotes furent envoyés à Istanbul avec leur laine.17 Partirent-ils de leur plein gré Les sources ne le disent pas. Ce qu'elles attestent, c'est que l'État pouvait l'exiger.
Cinq ou six tankas par jour
La deuxième ligne est le salaire. La cour moghole se flattait du prix de ses tapis elle ne se flattait pas de ce qu'elle versait à ceux qui les fabriquaient. Pelsaert, qui était bien placé pour le savoir — il achetait des textiles à Agra pour la compagnie néerlandaise —, mit les deux en regard dans sa Remonstrantie de 1626 3
« Orfèvres, peintres, brodeurs, fabricants de tapis, tisserands de coton ou de soie, forgerons, chaudronniers, tailleurs, maçons, bâtisseurs, tailleurs de pierre, cent métiers en tout … chacun d'eux, en travaillant du matin au soir, ne peut gagner que 5 ou 6 tackas.
Pelsaert nomme ensuite le second fardeau. Un ouvrier pouvait être réquisitionné par « le gouverneur, les nobles, le diwan, le kotwal, le bakhshi et d'autres officiers royaux pour travailler à leur service sans son consentement, « bien battu s'il osait élever la moindre objection, et le soir payé de la moitié de son salaire, ou de rien du tout .3 Le fabricant de tapis figure nommément dans sa liste. François Bernier, le médecin français qui vécut à la cour moghole une génération plus tard, décrivit les ateliers impériaux comme des salles où les artisans venaient chaque matin et d'où ils repartaient chaque soir, et tira la même conclusion quant à leurs perspectives « de cette manière paisible et réglée, leur temps s'écoule nul n'aspire à la moindre amélioration de la condition dans laquelle il se trouve être né .5
Rapportée au chiffre de 1 810 roupies qu'avance Abuʾl Fazl pour un seul grand tapis, l'arithmétique est implacable. Le tanka, dans l'usage de Pelsaert, était une pièce de cuivre, une petite fraction de roupie un tisserand qui en gagnait cinq ou six par jour, tous les jours, aurait mis des années à gagner le coût du tapis qu'il nouait.23 Cet écart n'est pas propre à l'Inde moghole — il est la structure même de toute économie du luxe de cour —, mais il constitue le fait économique que la transmission emporta avec elle, et les sources mogholes se montrent d'une précision inhabituelle sur ses deux termes.
La prison et l'enfant asservi
La troisième ligne, la plus lourde, vient plus tard, et son imputation à la transmission du XVIe siècle doit être démontrée plutôt que présumée. L'industrie du velours noué qu'Akbar avait semée à Agra et à Lahore survécut à la cour moghole. Au XIXe siècle, l'État colonial lui trouva un usage. Abigail McGowan, dans son étude de 2013 parue dans le Journal of Asian Studies, montre comment le tissage des tapis dans l'Inde de la fin de l'époque coloniale était « concentré dans les prisons, où des détenus produisaient des tapis de grande qualité d'après des dessins historiques, dans des fabriques pénitentiaires qui servaient de laboratoires à la redéfinition du travail pénal et du dessin traditionnel sous les yeux de l'État colonial .13 Les prisons d'Agra et de Lahore — les deux villes mogholes du tapis — comptaient parmi les producteurs des pièces les plus fines, et les « dessins historiques qu'elles copiaient étaient les modèles de cour moghols et persans.1314 La classification coloniale du tapis comme « industrie d'art indienne, exposée dans Industrial Arts of India (1880) de George Birdwood, offrit au produit des prisons son marché.14
Quand les prisons cessèrent de tisser, les métiers gagnèrent les villages, et le travail passa aux enfants. La ceinture du tapis de l'est de l'Uttar Pradesh, autour de Bhadohi et de Mirzapur, ainsi que les ateliers de tapis du Pendjab pakistanais devinrent à la fin du XXe siècle de grandes industries d'exportation au service d'acheteurs européens et américains. En 1996, le rapport de Human Rights Watch The Small Hands of Slavery documenta le travail servile des enfants dans sept industries indiennes, dont celle des tapis de laine noués à la main, et estima qu'au moins quinze millions d'enfants travaillaient en servitude pour dettes dans l'ensemble de l'Inde.15 Le mécanisme était celui de la dette une famille recevait une avance, et un enfant la remboursait au métier.
Les archives permettent de citer un nom. Iqbal Masih, né en 1983 à Muridke, ville située sur la Grand Trunk Road à quelques kilomètres de Lahore, fut asservi dès l'âge de quatre ans à un propriétaire de métiers à tapis en garantie d'un prêt consenti à sa famille.20 Il s'échappa vers dix ans, après l'adoption au Pakistan de la loi de 1992 portant abolition du système de travail servile (Bonded Labour System (Abolition) Act), rejoignit le Front de libération du travail servile (Bonded Labour Liberation Front) et prit la parole contre l'industrie du tapis au Pakistan, en Europe et aux États-Unis.20 Le 16 avril 1995, à l'âge de douze ans, il fut abattu alors qu'il circulait à bicyclette près de Muridke. Qui le tua, et pourquoi, n'a jamais été établi la police mit en cause un ouvrier agricole du lieu ceux qui menaient campagne avec lui accusèrent les intérêts du tapis qu'il avait dénoncés.20 Il fut tué à moins d'une heure de route de la ville où avait été noué le tapis de Robert Bell.
La riposte
La dénonciation suscita une riposte, et celle-ci vint elle aussi de la ceinture du tapis. Le Bachpan Bachao Andolan (« Mouvement pour sauver l'enfance ) de Kailash Satyarthi, fondé en 1980, mena des descentes dans les ateliers de tapis de Mirzapur et de Bhadohi pour libérer des enfants asservis, et contribua en 1994 à la création du label RugMark (devenu GoodWeave), qui certifiait aux importateurs d'Allemagne, des États-Unis et d'ailleurs que des tapis avaient été fabriqués sans travail des enfants. Satyarthi reçut en 2014 le prix Nobel de la paix, qu'il partagea.1521 Ni l'abus ni le remède n'appartiennent au passé. Ce qui est clair, c'est que l'industrie a commencé à rendre des comptes dans les deux régions mêmes — la plaine du Gange à l'est d'Agra et le Pendjab autour de Lahore — où les tisserands d'Akbar s'étaient établis quatre siècles plus tôt.215
Peser la facture
Trois choses doivent être dites de cette facture.
- Les coûts directs sont documentés mais limités. Deux déplacements forcés d'artistes de cour (1510, 1514), un transfert obligatoire de tisserands (1585), et un régime salarial moghol que Pelsaert chiffrait à cinq ou six tankas par jour, avec en sus le service forcé.391718
- Les coûts les plus lourds se situent en aval. Le travail des forçats à l'époque coloniale et la servitude des enfants à la fin du XXe siècle relèvent d'une industrie que la transmission avait créée, dans les mêmes villes, copiant les mêmes dessins mais ils furent produits par la politique pénale coloniale, par la servitude pour dettes et par la demande des consommateurs occidentaux, non par le transfert du XVIe siècle lui-même.1315
- Le tisserand fut toujours l'intrant le moins cher. Des tankas de Pelsaert à l'enfant penché sur le métier à Muridke, l'économie du tapis de cour présupposait que la main qui le nouait pouvait n'être payée presque rien — un présupposé que le système de cour avait créé et dont le marché d'exportation hérita.31520
Le dernier mot revient à l'objet. L'inscription du tapis d'Ardabil est une ligne de dévotion « Je n'ai d'autre refuge au monde que ton seuil. 19 Les hommes qui en nouèrent les millions de nœuds n'y sont pas nommés. Seul le serviteur qui le dessina l'a signé.
Ce qui a suivi
-
1514Après Tchaldiran, Selim Ier emmène de Tabriz des artistes et des artisans — dont des maîtres du Khorassan qu'Ismaʿil y avait transférés depuis Hérat —, leur fait passer l'hiver à Amasya et les intègre aux ateliers du palais d'Istanbul.
-
1517La conquête ottomane du Caire fait passer la manufacture de tapis mamelouke des octogones géométriques au style floral de cour dessiné à Istanbul, tissé au nœud asymétrique sur laine égyptienne.
-
1540Les tapis d'Ardabil sont achevés pour le sanctuaire dynastique safavide, signés par Maqsud de Kachan et datés de 946 de l'hégire — le point fixe du tapis de cour persan.
-
1549Les peintres formés à la cour safavide Mir Sayyid ʿAli et ʿAbd al-Samad rejoignent Humayun en exil à Kaboul et apportent le répertoire décoratif de la cour persane à l'atelier moghol.
-
1585Murad III fait venir à Istanbul onze tisserands de tapis cairotes et une provision de laine égyptienne, transférant la technique du tapis de cour vers la capitale par ordre administratif.
-
1598L'Āʾīn-i Akbarī d'Abuʾl Fazl recense des ateliers impériaux de tapis à Agra, Fatehpur et Lahore et déclare qu'« on ne songe plus aux tapis d'Iran et de Touran.
-
1601Sigismond III Vasa envoie Sefer Muratowicz à Kachan commander des tapis de soie aux armes royales de Pologne — les tapis « polonais de la diplomatie safavide.
-
1626Pelsaert note à Agra que les fabricants de tapis et les autres artisans gagnent cinq ou six tankas pour une journée de travail et peuvent être réquisitionnés sans salaire au service des officiers.
-
1634Robert Bell, de la Compagnie des Indes orientales, fait tisser à Lahore un tapis aux armes des Girdlers il appartient toujours à la Girdlers' Company, à Londres.
-
1722La prise d'Ispahan par les Afghans met fin à l'État safavide les ateliers royaux de tapis d'Ispahan et de Kachan cessent de produire à l'ancienne échelle pendant quelque 150 ans.
-
1880Des fabriques pénitentiaires coloniales, à Agra, à Lahore et ailleurs, tissent avec une main-d'œuvre de forçats des tapis aux dessins historiques moghols et persans destinés à l'exportation.
-
1995Iqbal Masih, asservi à quatre ans à un propriétaire de métiers à tapis et libéré à dix, est abattu à douze ans près de Muridke, aux portes de Lahore, après avoir mené campagne contre le travail des enfants dans l'industrie du tapis.
Où cela vit aujourd'hui
Références
- Walker, Daniel. Flowers Underfoot: Indian Carpets of the Mughal Era. New York: The Metropolitan Museum of Art, 1997. en
- Abuʾl Fazl ʿAllami. The Āʾīn-i Akbarī, vol. 1. Translated by H. Blochmann; 2nd ed. revised by D. C. Phillott. Calcutta: Royal Asiatic Society of Bengal, 1927. Book 1, Āʾīn 21 (The Farrāsh Khāna). Persian original completed c. 1598. en primary
- Pelsaert, Francisco. Jahangir's India: The Remonstrantie of Francisco Pelsaert. Translated from the Dutch by W. H. Moreland and P. Geyl. Cambridge: W. Heffer & Sons, 1925. (Remonstrantie, Agra, 1626.) en primary
- Babur, Zahir al-Din Muhammad. The Bābur-nāma in English (Memoirs of Bābur). Translated from the Turki by Annette Susannah Beveridge. London: Luzac, 1922. en primary
- Bernier, François. Travels in the Mogul Empire, A.D. 1656–1668. Translated by Archibald Constable. Westminster: Archibald Constable and Co., 1891. en primary
- Thompson, Jon, and Sheila R. Canby, eds. Hunt for Paradise: Court Arts of Safavid Iran, 1501–1576. Milan: Skira; New York: Asia Society, 2003. en
- "Carpets ix. Safavid Period." In Encyclopaedia Iranica, online edition. New York: Encyclopaedia Iranica Foundation. en
- Erdmann, Kurt. Siebenhundert Jahre Orientteppich: Zu seiner Geschichte und Erforschung. Edited by Hanna Erdmann. Herford: Bussesche Verlagshandlung, 1966. de
- Uluskan, Murat. "Ehl-i Hiref Maaş Defterlerinde Kayıtlı Tebrizli Sanatkârlar (1526–1566)." Belleten 85, no. 304 (2021): 849–887. tr
- Necipoğlu, Gülru. "From International Timurid to Ottoman: A Change of Taste in Sixteenth-Century Ceramic Tiles." Muqarnas 7 (1990): 136–170. en
- Floor, Willem. The Persian Textile Industry in Historical Perspective, 1500–1925. Moyen-Orient et Océan Indien 11. Paris: Société d'Histoire de l'Orient / L'Harmattan, 1999. en
- Houghteling, Sylvia. The Art of Cloth in Mughal India. Princeton: Princeton University Press, 2022. en
- McGowan, Abigail. "Convict Carpets: Jails and the Revival of Historic Carpet Design in Colonial India." The Journal of Asian Studies 72, no. 2 (2013): 391–416. en
- Birdwood, George C. M. The Industrial Arts of India. London: Chapman and Hall, 1880. en primary
- Human Rights Watch. The Small Hands of Slavery: Bonded Child Labor in India. New York: Human Rights Watch, 1996. en
- "Poland ii. Persian Art in Poland." In Encyclopaedia Iranica, online edition. New York: Encyclopaedia Iranica Foundation. en
- The Metropolitan Museum of Art. "Ottoman Court Carpet," late 16th–17th century, attributed to Egypt, accession no. 41.190.257. Collection catalogue entry. en
- Ashmolean Museum. "A.9. Selim I (1512–1520)." In Islamic Ceramics: Iznik Pottery. Oxford: Ashmolean Museum, online resource. en
- Los Angeles County Museum of Art. "The Ardabil Carpet," Iran, 1539–40. Collection record (companion to the Victoria and Albert Museum carpet). en
- "Death Spotlights Plight of Child Laborers." The Christian Science Monitor, 1 May 1995. en
- The Nobel Prize. "Kailash Satyarthi – Facts." NobelPrize.org, 2014. en