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SÉRIE: POLITICAL INTELLIGENCE

Pourquoi certains pays font confiance à leurs institutions

Voix, équité, impartialité : ce que révèlent l’OCDE, les pays nordiques et la Géorgie sur la manière dont la confiance publique se perd et se reconstruit.

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Publié13 October 2026
Niveaux de preuve → ✓ Fait établi ◈ Preuves solides ⚖ Contesté ✕ Désinformation ? Inconnu
Sommaire
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Voix, équité, impartialité : ce que révèlent l’OCDE, les pays nordiques et la Géorgie sur la manière dont la confiance publique se perd et se reconstruit.

01

Le grand livre de la confiance en chiffres
Quatre personnes sur dix font confiance à leur gouvernement, et l’écart entre pays dépasse l’écart entre partis

Dans l’ensemble de l’OCDE, 40 % des personnes interrogées déclarent une confiance élevée ou assez élevée dans leur gouvernement national, tandis que 43 % déclarent une confiance faible ou nulle ✓ Fait établi [1]. Cette moyenne masque une divergence qui se mesure en multiples : en Norvège et en Suède, plus de 60 % des habitants estiment que l’on peut faire confiance à la plupart des gens, contre moins de 10 % en Colombie, au Brésil et au Pérou [12]. La question n’est donc pas de savoir pourquoi la confiance est faible partout, mais pourquoi elle est si inégalement répartie — et si cette répartition peut changer.

La confiance est la ligne la moins visible du bilan d’une nation, et l’une des plus lourdes de conséquences. Dès 1972, le prix Nobel d’économie Kenneth Arrow soutenait que pratiquement toute transaction commerciale comporte une part de confiance, et qu’une grande partie du retard économique dans le monde pouvait s’expliquer par l’absence de confiance mutuelle [53]. Un demi-siècle plus tard, la mesure a rattrapé l’intuition. L’Enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques, dont la troisième vague a été publiée en juin 2026 à partir d’un terrain réalisé fin 2025, établit que 40 % des répondants de 33 pays membres et de 5 pays candidats à l’adhésion accordent une confiance élevée ou assez élevée à leur gouvernement national, tandis que 43 % lui accordent une confiance faible ou nulle ✓ Fait établi [1]. La vague précédente, menée fin 2023 auprès d’environ 60 000 personnes dans 30 pays, avait produit une répartition presque identique : 39 % contre 44 % [5]. L’OCDE a résumé le résultat de 2026 en une formule : la confiance se stabilise, mais les citoyens ne se sentent toujours pas entendus [1]. Une stabilité à ce niveau n’a rien de rassurant. Elle signifie que, dans la démocratie riche moyenne, les citoyens qui se défient de leur gouvernement sont plus nombreux que ceux qui lui font confiance, et que cette situation se vérifie désormais sur trois vagues d’enquête successives.

Les moyennes occultent l’essentiel, à savoir la dispersion. Lors de la vague de 2023, la confiance dans le gouvernement national allait de 61,9 % en Suisse et 47,6 % en Norvège à 30,4 % au Chili, 28,7 % en Lettonie et 26,7 % au Royaume-Uni, pour une moyenne de l’OCDE de 39,3 % ✓ Fait établi [6]. Le Panorama des administrations publiques 2025 de l’OCDE (Government at a Glance) relevait que, dans un pays étudié sur trois, la confiance dans le gouvernement national se situait sous les 35 %, et que, d’une institution à l’autre, les tribunaux recueillaient la confiance de 54 % de la population, la fonction publique et les collectivités locales celle de 45 %, et les parlements celle de 37 % seulement [7]. Les États-Unis, absents des tableaux de l’OCDE, sont mesurés par le Pew Research Center : en 2025, seuls 17 % des Américains disaient faire confiance au gouvernement fédéral pour agir comme il convient presque toujours ou la plupart du temps, contre 22 % en 2024 et 77 % en 1964 ✓ Fait établi [10]. Le World Poll de Gallup constatait qu’en 2023 la confiance dans le gouvernement national s’établissait à 30 % aussi bien aux États-Unis qu’au Royaume-Uni, ex aequo au dernier rang du G7 — alors même que ces deux pays occupaient la tête du groupe au lancement de l’enquête [11].

40 %
Habitants de l’OCDE ayant une confiance élevée ou assez élevée dans leur gouvernement national (2025)
Enquête de l’OCDE sur la confiance, juin 2026 · ✓ Fait établi
17 %
Américains faisant confiance au gouvernement fédéral toujours ou la plupart du temps (2025)
Pew Research Center, déc. 2025 · ✓ Fait établi
47 points
Écart de confiance entre ceux qui estiment avoir leur mot à dire et les autres
Enquête de l’OCDE sur la confiance, juin 2026 · ✓ Fait établi
Plus de 60 %
Norvégiens et Suédois estimant que l’on peut faire confiance à la plupart des gens
Our World in Data, 2024 · ◈ Preuves solides

La confiance dans le gouvernement et la confiance envers autrui sont des grandeurs liées mais distinctes, et les confondre fausse l’analyse. La confiance sociale généralisée — la part des personnes qui répondent, dans l’Enquête mondiale sur les valeurs (World Values Survey) et son équivalent européen, que l’on peut faire confiance à la plupart des gens — présente l’écart international le plus marqué. Our World in Data, qui compile ces enquêtes, indique que plus de 60 % des répondants en Norvège et en Suède estiment que l’on peut faire confiance à la plupart des gens, contre moins de 10 % en Colombie, au Brésil et au Pérou ✓ Fait établi [12]. La plateforme met également en évidence une forte corrélation positive : les pays où la confiance déclarée est la plus élevée sont aussi ceux où l’activité économique est la plus forte [12]. La confiance institutionnelle est plus volatile. En Norvège, la confiance dans le gouvernement national est passée de 64 % en 2021 à 48 % en 2023, avant de remonter à 57 % en 2025 [2]. Le Danemark, en tête de l’indice de perception de la corruption de Transparency International depuis huit années consécutives avec un score de 89 en 2025, affiche une confiance dans son gouvernement national de 44 % — presque exactement la moyenne de l’OCDE [13] [6]. L’avantage nordique est écrasant en matière de confiance sociale, et modeste en matière de confiance dans les responsables politiques.

Les mesures comportementales confirment, dans l’ensemble, que les chiffres d’enquête saisissent une réalité. Dans une expérience de terrain publiée dans Science en 2019, des chercheurs ont remis 17 303 portefeuilles apparemment perdus à des banques, des hôtels, des commissariats et des administrations de 355 villes réparties dans 40 pays, puis ont noté si les destinataires contactaient le propriétaire [52]. Les portefeuilles ont été restitués dans 40 % des cas lorsqu’ils ne contenaient pas d’argent et dans 51 % des cas lorsqu’ils en contenaient — un résultat qui contredisait les prévisions de la plupart des économistes interrogés et qui révélait d’importantes différences entre pays ◈ Preuves solides [52]. Un autre courant de recherche en laboratoire, inauguré par Glaeser, Laibson, Scheinkman et Soutter en 2000, a montré que la question d’enquête classique prédit plus fidèlement le degré de fiabilité d’une personne que son propre degré de confiance [31]. Ce point compte pour l’interprétation. Lorsqu’une population déclare que l’on peut faire confiance à la plupart des gens, elle rend compte en partie des comportements qu’elle observe autour d’elle. La confiance mesurée par les enquêtes est donc, dans une large mesure, une mesure de la fiabilité de la société environnante.

✓ Fait établi 40 % des habitants de l’OCDE font confiance à leur gouvernement national et 43 % non — une répartition stable sur trois vagues d’enquête

Les résultats de l’OCDE publiés en 2026, issus d’un terrain réalisé fin 2025 dans 33 pays membres et 5 pays candidats, font état de 40 % de confiance élevée ou assez élevée et de 43 % de confiance faible ou nulle [1]. La vague de 2024, qui portait sur environ 60 000 répondants dans 30 pays, relevait 39 % et 44 % [5]. Derrière cette moyenne stable, certains pays ont connu de fortes variations : le Japon est passé de 24 % en 2021 à 46 % en 2025, tandis que la Norvège perdait 16 points entre 2021 et 2023 avant de se redresser [3] [2].

Les données européennes racontent la même histoire de moyennes stables et de fortes oscillations nationales. L’Eurobaromètre standard du printemps 2025 situait la confiance dans l’Union européenne à 52 %, son plus haut niveau depuis 2007, tandis que la confiance dans les gouvernements nationaux s’établissait à 36 % à l’échelle de l’Union et celle dans les parlements nationaux à 37 % ✓ Fait établi [14]. Un an plus tôt, la vague du printemps 2024 avait enregistré un recul de la confiance dans le gouvernement national de 13 points aux Pays-Bas et de 11 points en Finlande, et un niveau de confiance de seulement 25 % chez les Européens se décrivant comme appartenant à la classe ouvrière [56]. Les enquêtes commerciales emploient d’autres méthodes mais pointent dans la même direction. Le baromètre de confiance Edelman 2026 (Edelman Trust Barometer), fondé sur 33 938 entretiens en ligne menés fin 2025 dans 28 pays, constatait que 70 % des répondants refusaient ou hésitaient à faire confiance à des personnes ne partageant pas leurs valeurs, proportion qui atteignait 90 % au Japon et 81 % en Allemagne [8]. Son président-directeur général, Richard Edelman, a décrit cette trajectoire comme une descente de la peur vers la polarisation, puis vers le ressentiment, et désormais vers le repli sur soi [8] [9].

Ces chiffres posent la question à laquelle s’attache ce rapport. La confiance n’est pas un caractère national figé, puisque plusieurs pays ont gagné ou perdu 15 à 20 points en quelques années. Elle n’est pas non plus le fruit du hasard, puisque les mêmes pays se retrouvent en haut et en bas de chaque classement, décennie après décennie. La tâche analytique centrale consiste à distinguer les composantes lentes de la confiance — l’héritage historique et culturel que les économistes ont fait remonter sur plusieurs siècles — des composantes rapides, qui réagissent à la manière dont les institutions se comportent réellement ◈ Preuves solides [21] [25]. La question politique en découle directement. Si la confiance est pour l’essentiel héritée, les sociétés de défiance sont prises au piège et toute réforme devra attendre des générations. Si elle est dans une large mesure produite par les institutions, elle peut être reconstruite — non par des campagnes de communication, mais uniquement par une transformation de la conduite des institutions elles-mêmes. Le poids des preuves examinées dans les sections qui suivent penche vers la seconde réponse, sous d’importantes réserves.

02

Ce qui fonde réellement la confiance
La voix, l’équité et la fiabilité pèsent plus lourd que les taux de croissance et les communiqués de presse

Le principal facteur prédictif de la confiance dans le gouvernement, selon l’enquête de l’OCDE, est le sentiment d’avoir voix au chapitre : ceux qui l’éprouvent font confiance à leur gouvernement dans une proportion supérieure de 47 points à ceux qui ne l’éprouvent pas ✓ Fait établi [1]. Seuls 31 % des répondants estiment que les gens comme eux ont leur mot à dire sur l’action publique [1]. Les déterminants de la confiance sont mesurables, et la plupart tiennent à la manière dont les institutions traitent les citoyens plutôt qu’à ce qu’elles leur procurent.

Le cadre d’analyse de la confiance élaboré par l’OCDE, affiné au fil de trois vagues d’enquête, distingue deux familles de déterminants : la compétence — les institutions sont-elles réactives et fiables ? — et les valeurs — sont-elles ouvertes, équitables et intègres ? [5]. Ses analyses de régression, reproduites d’un pays à l’autre, montrent invariablement que les valeurs pèsent davantage que les grands indicateurs de performance économique. Dans les résultats de 2024, 69 % des personnes estimant avoir leur mot à dire sur l’action publique déclaraient une confiance élevée ou assez élevée dans leur gouvernement national, contre 22 % de celles qui pensaient ne pas l’avoir ✓ Fait établi [5]. Dans les résultats de 2026, l’écart entre ces deux groupes atteignait 47 points à l’échelle de l’OCDE, et 48 points selon le calcul du Consultation Institute, contre 44 points en 2021 [1] [4]. Fait frappant, 68 % des répondants estimaient que le vote leur conférait une certaine influence sur le gouvernement, mais seuls 31 % pensaient que les gens comme eux avaient leur mot à dire sur l’action publique [1]. Les élections confèrent une voix formelle ; la plupart des citoyens ne la vivent pas pour autant comme le fait d’être entendus.

L’équité et l’intégrité forment le deuxième ensemble. L’enquête de l’OCDE demande aux répondants s’ils s’attendent à ce qu’un agent public refuse un pot-de-vin, à ce qu’un haut responsable refuse un emploi bien rémunéré dans le secteur privé offert en échange d’une faveur politique, et à être traités sur un pied d’égalité quels que soient leurs revenus, leur genre ou leur origine [5]. Les attentes en matière d’intégrité et d’égalité de traitement figurent, à chaque vague, parmi les facteurs prédictifs les plus puissants de la confiance ◈ Preuves solides [5] [7]. Ce constat rejoint vingt ans de travaux universitaires. Bo Rothstein et Jan Teorell ont défini la qualité de gouvernement comme l’impartialité dans l’exercice de l’autorité publique — le principe selon lequel les agents publics ne prennent en considération, à propos d’un citoyen, rien qui ne soit prévu à l’avance par la loi ou par une règle [18]. Dans ce cadre, l’impartialité est la propriété institutionnelle qui engendre la confiance. Rothstein et Eric Uslaner ont décrit une chaîne causale dans laquelle les inégalités économiques nourrissent la corruption, la corruption érode la confiance et la défiance entretient à son tour les inégalités — ce qu’ils ont appelé un piège des inégalités [17].

La fiabilité constitue le troisième pilier, et c’est là que la pandémie a offert une expérience naturelle. L’étude publiée dans The Lancet par Thomas Bollyky et ses collègues, portant sur 177 pays entre janvier 2020 et septembre 2021, a établi que les indicateurs de confiance dans le gouvernement et de confiance interpersonnelle étaient associés à des taux d’infection plus faibles et à une couverture vaccinale plus élevée, ce qui n’était pas le cas des indices classiques de préparation aux pandémies ◈ Preuves solides [15]. Bollyky a déclaré à l’Associated Press que l’équipe n’avait trouvé aucun lien entre les résultats sanitaires face au COVID et la démocratie, le populisme, l’efficacité gouvernementale, la couverture santé universelle, les indicateurs de préparation aux pandémies, les inégalités économiques ou la confiance dans la science [16]. Selon l’Associated Press, les auteurs estimaient que si chaque pays avait bénéficié du niveau de confiance interpersonnelle du Danemark, les infections mondiales auraient été inférieures d’environ 40 % — soit quelque 440 millions de moins — sur la période de 21 mois, et de 13 % avec le niveau danois de confiance dans le gouvernement [16]. Au Danemark, le projet HOPE dirigé par Michael Bang Petersen, qui a réalisé plus de 400 000 entretiens dans 8 démocraties, a montré qu’environ 90 % des Danois faisaient confiance au système de santé et que la confiance dans la gestion de la pandémie par les autorités constituait le meilleur facteur prédictif de l’acceptation du vaccin [42].

La voix l’emporte sur les résultats

Les données de l’OCDE laissent entendre qu’un gouvernement peut améliorer ses résultats et néanmoins perdre la confiance des citoyens s’ils ne se sentent pas entendus — et la conserver à travers des années difficiles s’ils le sont. Le fossé de l’écoute, de 47 points, dépasse tous les écarts liés au revenu, à l’âge ou au niveau d’études relevés par l’enquête [1]. Une participation dont on constate qu’elle est réellement prise en compte — et non une consultation réduite à un rituel — est le levier le plus puissant que révèlent les données.

Les chocs économiques abîment la confiance, mais essentiellement par le canal de l’injustice perçue. Yann Algan, Sergei Guriev, Elias Papaioannou et Evgenia Passari, en analysant les régions européennes après la crise de 2008, ont constaté que le chômage dans l’Union européenne était passé de 7 % en 2007 à 11 % en 2013, et qu’une hausse de 5 points du chômage régional s’accompagnait d’une baisse de 1,5 point de la confiance politique ◈ Preuves solides [30]. En utilisant comme instrument la part de la construction avant la crise, ils ont estimé qu’une hausse d’un point du chômage augmentait le vote antisystème de 2 à 3,9 points de pourcentage [30]. L’effet sur la confiance interpersonnelle était bien plus faible que l’effet sur la confiance dans les institutions politiques, avec un coefficient standardisé d’environ −0,065 contre environ −0,15 [30]. Leur conclusion était sans détour : l’insécurité économique engendrée par la crise est un moteur important du populisme et de la défiance politique [30]. La crise n’a pas conduit les Européens à se défier les uns des autres ; elle les a conduits à se défier des institutions qu’ils tenaient pour responsables.

La répartition des difficultés compte autant que leur ampleur. Les résultats de l’OCDE publiés en 2026 font apparaître une confiance plus faible chez les femmes, les jeunes adultes et les personnes les moins diplômées, et soulignent que l’écart selon le niveau d’études s’est nettement creusé depuis 2021 [1]. Au Royaume-Uni, la tendance s’est inversée : en 2025, les diplômés du supérieur faisaient moins confiance au gouvernement que les non-diplômés, avec un écart de 31 points selon le niveau d’études, tandis que le fossé de l’écoute britannique n’était que de 8 points — signe que la défiance s’y est étendue au-delà des groupes qui se sentent traditionnellement exclus [4]. Le baromètre de confiance Edelman 2025 relevait que 61 % des répondants de 28 pays éprouvaient un ressentiment modéré ou fort à l’égard des entreprises, du gouvernement et des plus fortunés, et que la part de ceux qui craignent que les dirigeants politiques les trompent délibérément était passée de 58 % en 2021 à 69 % [9]. Dans la grille de lecture d’Edelman, le ressentiment est la passerelle entre insécurité économique et défiance politique ◈ Preuves solides [9].

Pris ensemble, ces déterminants dessinent une hiérarchie cohérente. La confiance suit l’expérience d’être traité équitablement et entendu par des institutions au comportement prévisible ; elle recule lorsque les citoyens perçoivent que les règles se plient au profit des mieux introduits, que les difficultés sont inégalement réparties ou que leur participation ne change rien. La croissance économique aide à la marge, mais les données de l’OCDE montrent que des pays aux taux de croissance comparables présentent des niveaux de confiance très différents, et que les variables les plus fortement associées à la confiance sont d’ordre procédural plutôt que matériel ◈ Preuves solides [5] [7]. La philosophe britannique Onora O’Neill soutient que l’objectif ne devrait pas être davantage de confiance en soi, mais davantage de confiance envers ceux qui en sont dignes et moins envers ceux qui ne le sont pas [33]. Les données d’enquête cadrent avec cette approche. Là où les institutions sont impartiales et à l’écoute, la confiance est élevée et largement méritée. Là où elles ne le sont pas, la défiance est une réponse rationnelle plutôt qu’une pathologie culturelle.

03

Le bilan nordique
Des administrations impartiales, un État-providence universel et un siècle d’intérêts composés

La Norvège, la Suède, le Danemark et la Finlande occupent le sommet de tous les classements internationaux de confiance sociale, plus de 60 % de leurs habitants estimant que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ✓ Fait établi [12]. Les travaux convergent de plus en plus vers l’idée qu’il s’agit moins d’une dotation culturelle que d’un produit institutionnel : des données de panel danoises couvrant 18 ans montrent que la confiance institutionnelle engendre la confiance sociale, et non l’inverse ◈ Preuves solides [25].

Le modèle nordique sert de point de référence à toutes les théories de la confiance. Kenneth Newton et Jan Delhey, analysant 60 pays en 2005, ont constaté que les sociétés de confiance partagent cinq caractéristiques — l’homogénéité ethnique, une tradition protestante, un bon gouvernement, la richesse et l’égalité des revenus — et que ces traits se concentrent le plus nettement dans les pays nordiques ◈ Preuves solides [29]. Fait important, les mêmes corrélations se retrouvaient, plus faiblement, dans les 55 autres pays, ce qui laisse penser que les pays nordiques constituent un cas extrême d’un phénomène général plutôt qu’une exception [29]. L’indice 2025 de Transparency International classe le Danemark premier pour la huitième année consécutive avec un score de 89, et la Finlande deuxième avec 88, tandis que la moyenne mondiale reculait à 42 et que 122 pays sur 182 obtenaient un score inférieur à 50 [13]. Seuls 5 pays dépassaient 80, contre 12 une décennie plus tôt [13]. Les pays nordiques conjuguent ainsi la confiance sociale la plus élevée au monde et la corruption perçue la plus faible — une coïncidence que la plupart des chercheurs analysent désormais comme une relation de cause à effet.

La question décisive est celle du sens de la causalité. Si la confiance nordique n’était qu’un trait culturel, elle produirait de bonnes institutions ; si ce sont les institutions qui produisent la confiance, la flèche pointe dans l’autre sens. Kim Mannemar Sønderskov et Peter Thisted Dinesen ont abordé directement cette question à partir de deux enquêtes de panel danoises couvrant 18 ans, en suivant les mêmes individus dans le temps au moyen de modèles à effets fixes et de modèles à décalages croisés [25]. Ils ont trouvé des preuves solides que la confiance dans les institutions de l’État engendre la confiance sociale, et seulement des indices limités de la relation inverse ◈ Preuves solides [25]. Une étude antérieure de Dinesen sur les immigrés installés en Europe occidentale montrait que la culture de confiance du pays d’origine et la qualité institutionnelle du pays d’accueil prédisaient toutes deux, de façon hautement significative, la confiance d’un immigré — preuve que la confiance a des racines culturelles mais réagit à l’environnement institutionnel dans lequel vit une personne [26]. Ceux qui passent d’une société de défiance à une société de confiance deviennent plus confiants, ce qui s’explique mal si la confiance est un héritage immuable.

◈ Preuves solides La confiance dans les institutions de l’État engendre la confiance sociale — c’est ce qu’indiquent 18 ans de données de panel danoises, et non l’inverse

Sønderskov et Dinesen ont suivi les mêmes individus dans deux panels danois et trouvé des preuves solides que la confiance institutionnelle nourrit la confiance sociale, la relation causale inverse ne recueillant qu’un appui limité [25]. L’étude de Dinesen sur les migrations ajoute que la confiance des immigrés reflète à la fois leur culture d’origine et les institutions du pays où ils s’établissent [26]. Il s’ensuit que les institutions sont un levier, et non un simple symptôme.

Le mécanisme le plus souvent associé à la confiance nordique est l’État-providence universel. Staffan Kumlin et Bo Rothstein, à partir de données d’enquête suédoises, ont constaté que le contact avec des prestations sélectives, versées sous condition de ressources, était associé à une confiance sociale plus faible, ce qui n’était pas le cas du contact avec des prestations universelles ◈ Preuves solides [20]. La logique est procédurale. Les prestations sous condition de ressources exigent que des agents décident, de manière discrétionnaire, qui mérite d’être aidé, ce qui alimente le soupçon de fraude à l’égard des bénéficiaires et le soupçon d’arbitraire à l’égard des agents. Les prestations universelles — allocations familiales, soins de santé et éducation accessibles à tous dans les mêmes conditions — suppriment ce pouvoir discrétionnaire et, avec lui, une source majeure de suspicion mutuelle [20] [17]. Rothstein et Uslaner ont soutenu que les prestations universelles constituent la principale voie de sortie du piège des inégalités, car elles réduisent les inégalités tout en traitant les citoyens en égaux [17]. L’État-providence nordique n’est donc pas seulement un système de redistribution : c’est une machine à produire de la confiance, puisque presque chaque citoyen fait, dans ses rapports quotidiens avec l’État, l’expérience de son impartialité.

Les archives historiques confortent l’explication institutionnelle, avec des nuances. L’étude d’Alina Mungiu-Pippidi sur la manière dont les sociétés parviennent à maîtriser la corruption fait remonter la construction de l’État de droit danois à la monarchie absolue instaurée en 1660, et constate que la plupart des pays aujourd’hui les moins corrompus ont opéré leur transition au cours du XIXe siècle ◈ Preuves solides [41]. Rothstein soutient que la Suède est passée d’une administration corrompue, fondée sur le clientélisme, à une administration impartiale grâce à une salve concentrée de réformes au milieu du XIXe siècle — un big bang [19]. Anders Sundell, dans une étude réalisée en 2016 pour le groupe d’experts du gouvernement suédois chargé des études sur l’aide au développement, conteste la rapidité de cette transition : selon lui, l’évolution suédoise fut plutôt graduelle et progressive, les rétributions informelles versées aux fonctionnaires ayant persisté jusqu’à la hausse des traitements et à l’instauration de l’impôt sur le revenu [40]. Les deux lectures s’accordent sur l’essentiel : la confiance nordique a été bâtie, au fil des générations, par la construction délibérée d’une administration impartiale. Elle n’était pas une condition originelle des sociétés scandinaves.

Le bilan nordique n’est pas à l’abri de la dépréciation. En Norvège, la confiance dans le gouvernement national a chuté de 16 points entre 2021 et 2023, de 64 % à 48 %, avant de remonter à 57 % en 2025 ✓ Fait établi [2]. La Finlande affichait 47 % lors de la vague 2023 de l’OCDE, puis l’Eurobaromètre du printemps 2024 a enregistré un recul de 11 points de la confiance des Finlandais dans leur gouvernement national [6] [56]. Au Danemark, le chiffre de l’OCDE est passé de 49 % en 2021 à 44 % en 2023 comme en 2025 [60]. Ces variations sont importantes en valeur absolue, mais elles s’inscrivent autour d’un socle élevé de confiance sociale qui n’a guère bougé : les citoyens nordiques peuvent perdre confiance dans un gouvernement donné sans perdre confiance les uns dans les autres, ni dans les tribunaux et la fonction publique [12] [7]. Cette distinction — entre la confiance dans les gouvernants du moment et la confiance dans le système — est ce qui sépare un fléchissement passager d’une crise structurelle. Les systèmes nordiques absorbent les déceptions politiques parce que l’échelon administratif situé sous les responsables politiques demeure impartial.

Deux complications méritent attention. D’abord, les pays nordiques ne sont pas les seules démocraties de confiance sur le plan institutionnel : la Suisse, avec 61,9 % de confiance dans le gouvernement national en 2023, et le Luxembourg, avec 56 %, devancent sur ce critère les quatre États nordiques [6] [7]. La démocratie directe suisse, avec ses référendums fréquents, offre une autre voie vers le même résultat — la voix plutôt que l’universalisme. Ensuite, une méta-analyse de 1 001 estimations issues de 87 études, conduite par Dinesen, Merlin Schaeffer et Sønderskov, a mis en évidence une association négative statistiquement significative entre diversité ethnique et confiance sociale, plus marquée pour la confiance envers les voisins et lorsque la diversité est mesurée à l’échelle locale ⚖ Contesté [28]. Ce résultat est souvent invoqué pour affirmer que la confiance nordique reposait sur l’homogénéité et s’érodera avec l’immigration. Les mêmes travaux montrent pourtant que cet effet reste modeste au regard de la qualité institutionnelle, et que les immigrés installés dans des pays de confiance deviennent plus confiants avec le temps [26] [28].

04

Le piège de la défiance
Pourquoi la défiance se reproduit d’elle-même, et ce qu’elle coûte

Là où les institutions ont historiquement été prédatrices, la défiance est un héritage rationnel — et elle persiste longtemps après la disparition de ses causes ◈ Preuves solides [22]. Les groupes les plus exposés à la traite atlantique font aujourd’hui encore moins confiance à leurs voisins et à leurs autorités locales, et les régions italiennes dépourvues d’un passé de cités-États libres au Moyen Âge accusent toujours un déficit de capital civique [22] [24]. Le coût se chiffre en parts importantes du revenu national.

Bo Rothstein qualifie la situation de défiance de piège social : une configuration dans laquelle les individus ne coopèrent pas pour leur bénéfice mutuel parce qu’ils ne croient pas que les autres coopéreront aussi ◈ Preuves solides [19]. Si la plupart des fonctionnaires acceptent des pots-de-vin, le fonctionnaire honnête ne gagne rien à refuser et le citoyen honnête perd à ne pas payer. Si la plupart des contribuables fraudent, respecter la loi est un jeu de dupes. La défiance de chacun est individuellement rationnelle et collectivement ruineuse, et parce qu’elle est rationnelle, elle ne se dissipe pas lorsque sa cause première disparaît [19]. L’ethnographie qu’Edward Banfield consacra en 1955 à un village du sud de l’Italie décrivait le même équilibre comme l’incapacité des villageois à agir ensemble pour leur bien commun, ou pour toute fin dépassant l’intérêt matériel immédiat de la famille nucléaire [59]. L’étude de Robert Putnam sur les gouvernements régionaux italiens créés en 1970 a montré que leurs performances, deux décennies plus tard, épousaient des traditions civiques remontant à plusieurs siècles : les régions du Nord, riches d’un tissu associatif dense, étaient bien gouvernées ; celles du Sud, qui en étaient dépourvues, l’étaient mal [23].

Les économistes ont depuis mesuré la persistance de ces pièges. Luigi Guiso, Paola Sapienza et Luigi Zingales ont montré que les villes italiennes qui avaient été des communes autonomes au Moyen Âge disposent aujourd’hui d’un capital civique plus important, et que cet effet croît avec la durée et l’intensité de leur indépendance ◈ Preuves solides [24]. Selon leur estimation, au moins 50 % de l’écart de capital social entre le Nord et le Sud de l’Italie s’explique par l’absence, au Sud, d’une expérience de cité-État libre [24]. Nathan Nunn et Leonard Wantchekon, à partir de l’enquête Afrobaromètre de 2005 portant sur 21 702 répondants dans 17 pays, ont établi que les individus issus des groupes ethniques les plus durement frappés par les razzias des traites atlantique et de l’océan Indien expriment aujourd’hui moins de confiance envers leurs proches, leurs voisins, les membres de leur propre groupe ethnique et les autorités locales [22]. En utilisant la distance historique à la côte comme instrument, ils ont conclu que l’essentiel de l’effet passe par des facteurs internes à l’individu — normes culturelles, croyances et valeurs transmises de génération en génération — et non uniquement par la qualité des institutions actuelles [22].

Pratiquement toute transaction commerciale comporte en elle-même une part de confiance, et c’est assurément le cas de toute transaction qui s’inscrit dans la durée. On peut soutenir de manière plausible qu’une grande partie du retard économique dans le monde s’explique par l’absence de confiance mutuelle.

— Kenneth J. Arrow, « Gifts and Exchanges », Philosophy and Public Affairs, 1972

Le coût économique de ces pièges est considérable. Yann Algan et Pierre Cahuc ont mesuré la confiance que les descendants d’immigrés aux États-Unis ont reçue en héritage des pays d’origine de leurs ancêtres, à partir de la General Social Survey de 1977 à 2004 couvrant 24 pays d’origine, puis se sont servis de cette confiance héritée pour estimer l’effet de la confiance sur la croissance dans les pays d’origine eux-mêmes ◈ Preuves solides [21]. Ils ont constaté que la confiance héritée expliquait plus de 33 % des écarts de revenu par habitant entre pays. Leurs estimations contrefactuelles sont saisissantes : en 2000, le revenu par habitant aurait été supérieur de 17 % en Italie, de 11 % en France, de 7 % en Allemagne et de 6 % au Royaume-Uni si ces pays avaient bénéficié de la confiance héritée de la Suède — et supérieur de 69 % en Russie, de 59 % au Mexique et de 546 % en Afrique [21]. Ces chiffres sont entachés d’incertitude, et une réplication de 2017 a remis en cause certains aspects de la stratégie d’identification [57]. Mais même fortement minorés, ils impliquent que la confiance compte parmi les principaux déterminants de la prospérité des nations.

17 %
Hausse du revenu italien par habitant avec une confiance héritée de niveau suédois
Algan et Cahuc, AER 2010 · ◈ Preuves solides
50 %
Part de l’écart de capital civique entre le Nord et le Sud de l’Italie imputable à l’histoire médiévale
Guiso, Sapienza et Zingales, NBER · ◈ Preuves solides
440 millions
Infections au COVID-19 évitées dans le monde avec une forte confiance interpersonnelle
Bollyky et al., The Lancet 2022 · ◈ Preuves solides
42
Score moyen mondial à l’indice de perception de la corruption, sur 100 (2025)
Transparency International, févr. 2026 · ✓ Fait établi

L’Amérique latine illustre ce piège à l’échelle d’une région. Our World in Data indique que moins de 10 % des répondants en Colombie, au Brésil et au Pérou estiment que l’on peut faire confiance à la plupart des gens, soit l’un des niveaux les plus bas jamais enregistrés ✓ Fait établi [12]. Le rapport 2023 de Latinobarómetro constatait que le soutien à la démocratie dans la région était tombé à 48 %, contre 63 % en 2010, que seuls 28 % des habitants se disaient satisfaits du fonctionnement de la démocratie et que 17 % accepteraient un gouvernement autoritaire dans certaines circonstances [47]. Le soutien est remonté à 52 % dans l’enquête de 2024 [48]. Au Moyen-Orient, le Liban offre un cas extrême : les données du Baromètre arabe analysées par l’Economic Research Forum montrent qu’en 2024 moins de 10 % des Libanais faisaient confiance au gouvernement ou au Parlement, tandis que la confiance dans l’armée dépassait 85 % [49]. Lorsque l’État civil suscite la défiance et que seules les forces de sécurité inspirent confiance, les incitations à la réforme démocratique s’affaiblissent encore. Dans une telle configuration, la défiance n’est pas seulement un symptôme de mauvaise gouvernance : elle rétrécit l’espace politique dans lequel une meilleure gouvernance pourrait se construire.

Une défiance coûteuse, qui se renouvelle d’elle-même

Un équilibre de défiance impose des coûts à chaque transaction — davantage de contrats, de contrôles et de garanties, moins de coopération avec des inconnus — et ces coûts persistent parce que la défiance de chacun est rationnelle au vu du comportement de tous les autres [19] [21]. L’étude du Lancet sur la pandémie suggère que la même arithmétique s’applique à la santé publique : c’est la confiance, et non les plans de préparation, qui permettait de prédire qui respecterait les consignes [15]. La défiance est un impôt qu’aucun parlement ne vote et qu’aucun gouvernement ne perçoit, mais que chaque citoyen acquitte.

Ces pièges se forment aussi au sein des démocraties riches. La Grèce en offre l’exemple européen le plus net : les données de l’Eurobaromètre montrent que la confiance dans le gouvernement national dépassait 50 % en 2004 et s’établissait en moyenne à 44 % avant 2008, avant de s’effondrer à 8 % à l’automne 2011 et à 7 % en 2012, au plus fort de la crise de la dette souveraine ◈ Preuves solides [45]. Elle n’a plus dépassé 37 % depuis [45]. Cette trajectoire concorde avec la conclusion d’Algan et de ses collègues, selon laquelle le chômage induit par une crise affecte bien davantage la confiance dans les institutions politiques que la confiance interpersonnelle [30]. Une société peut donc basculer dans un équilibre de défiance sur le plan politique tout en conservant une confiance raisonnable envers ses voisins, et cette seule composante politique suffit à alimenter le vote antisystème [30]. La France en présente une variante atténuée. Le baromètre de la confiance politique du Cevipof pour 2025 indiquait que seuls 26 % des Français faisaient confiance à la politique, contre 47 % en Allemagne et 39 % en Italie, la confiance dans le gouvernement s’établissant à 17 % et celle dans l’Assemblée nationale à 20 % — mais la confiance dans les maires atteignant 61 % [46].

Le chiffre des maires français met en lumière la principale nuance de la littérature sur la défiance : celle-ci est rarement uniforme d’une institution à l’autre. Les tribunaux, les collectivités locales et la fonction publique inspirent généralement plus de confiance que les parlements et les gouvernements nationaux ; dans l’ensemble de l’OCDE, en 2023, les tribunaux recueillaient la confiance de 54 % de la population et les parlements celle de 37 % ✓ Fait établi [7]. Les institutions que les citoyens rencontrent directement, et qu’ils perçoivent comme soumises à des règles, tendent à inspirer davantage confiance que celles qu’ils découvrent à travers le prisme de médias partisans. Ce constat concorde avec l’explication institutionnelle, et il indique en outre par où la réparation peut commencer. Une société ne peut pas changer son histoire, mais elle peut transformer les institutions par lesquelles la plupart des citoyens rencontrent l’État — le policier, le centre des impôts, l’école, l’état civil —, et les éléments présentés dans les sections suivantes suggèrent que des changements à ce niveau font évoluer la confiance mesurée plus vite que n’importe quelle réforme politique. Le piège est tenace, mais ses murs sont faits d’attentes, et les attentes réagissent aux faits.

05

Des trajectoires divergentes
Comment huit pays ont gagné ou perdu la confiance de leurs citoyens, et ce qui a fait bouger les chiffres

La confiance mesurée peut varier de 15 à 20 points en quelques années. Au Japon, la confiance dans le gouvernement national est passée de 24 % en 2021 à 46 % en 2025 ✓ Fait établi [3], et en Corée de 37 % à 51 % [43], tandis qu’elle tombait à 7 % en Grèce en 2012 et à 17 % aux États-Unis en 2025 [45] [10]. Ces trajectoires montrent quelles forces font évoluer la confiance rapidement, et lesquelles n’y parviennent pas.

Les États-Unis offrent la série continue la plus longue et le déclin le plus prononcé parmi les démocraties riches. Selon le Pew Research Center, environ 73 % des Américains faisaient confiance au gouvernement fédéral pour agir comme il convient toujours ou la plupart du temps en 1958, et 77 % en 1964 ; ce chiffre est tombé à environ un quart en 1980, n’a plus dépassé 30 % depuis 2007 et s’établissait à 17 % en 2025 ✓ Fait établi [10]. L’indicateur de Gallup mesurant la confiance dans neuf institutions suivies de longue date atteignait en moyenne 28 % en 2025, contre 48 % en 1979 [55]. En avril 2024, Gallup notait que 2022 avait marqué la première année où les États-Unis et le Royaume-Uni se retrouvaient en queue du classement du G7 pour la confiance dans le gouvernement national, alors que tous deux le dominaient au lancement du World Poll, près de deux décennies plus tôt [11]. Le déclin américain s’est poursuivi sous des administrations des deux partis. Une telle constance se laisse difficilement imputer à la conduite d’un gouvernement particulier et suggère des causes structurelles — polarisation, inégalités et fragmentation de l’espace informationnel — plutôt qu’une réaction cyclique aux performances.

Le Royaume-Uni a suivi une trajectoire semblable, plus récente et plus brutale. L’enquête British Social Attitudes, publiée par le National Centre for Social Research en juin 2024, montrait que 45 % des Britanniques ne font presque jamais confiance aux gouvernements, quel que soit le parti au pouvoir, pour placer les besoins de la nation au-dessus des intérêts de leur propre formation, soit 22 points de plus qu’en 2020, et que 58 % ne font presque jamais confiance aux responsables politiques pour dire la vérité lorsqu’ils sont acculés, soit 19 points de plus ✓ Fait établi [44]. Pour 79 % des répondants, le système de gouvernement britannique devait être amélioré [44]. Lors de la vague 2023 de l’OCDE, la confiance des Britanniques dans leur gouvernement national s’élevait à 26,7 %, le niveau le plus bas parmi les pays retenus dans la comparaison de l’office statistique irlandais [6]. Les résultats publiés en 2026 révèlent une nouvelle évolution dans la composition de cette défiance : les diplômés du supérieur font désormais moins confiance au gouvernement que les non-diplômés [4]. Selon un schéma qui inverse la plupart des constats internationaux, la défiance s’est déplacée, en Grande-Bretagne, des exclus de l’économie vers les classes moyennes diplômées.

Le Japon et la Corée montrent que la confiance peut progresser rapidement. Au Japon, la confiance dans le gouvernement national s’établissait à 24 % lors de l’enquête de l’OCDE de 2021 et atteignait 46 % en 2025, au-dessus de la moyenne de l’OCDE de 40 % ✓ Fait établi [3]. Cette hausse est intervenue malgré le scandale des caisses noires du Parti libéral-démocrate en 2023, qui avait fait chuter la cote de popularité du Premier ministre Fumio Kishida jusqu’à 17 %, le plus bas niveau pour un chef de gouvernement depuis le retour du parti au pouvoir en 2012 [50]. Les données de l’OCDE n’isolent pas de cause unique, et cette progression a coïncidé avec des changements de dirigeants et un cycle politique différent. La progression de la Corée a été tout aussi nette : selon le quotidien Financial News, le pays enregistrait 51,03 % de confiance dans les résultats publiés en 2026, contre 37,15 % dans l’enquête de 2024, ce qui le plaçait au sixième rang de l’OCDE [43]. Le ministre coréen de l’Intérieur, Yoon Ho-jung, a attribué ce gain aux efforts déployés pour normaliser rapidement les affaires de l’État et renforcer la communication avec la population [43].

1660
Le Danemark bâtit l’État de droit — La monarchie absolue instaurée en 1660 engage la construction d’une administration centralisée et soumise à des règles, que les historiens relient à la maîtrise ultérieure de la corruption au Danemark [41].
1958
Les Américains font confiance à Washington — Environ 73 % des Américains déclarent faire confiance au gouvernement fédéral toujours ou la plupart du temps ; la série culmine à 77 % en 1964 [10].
1972
Arrow fait de la confiance un facteur économique — Kenneth Arrow soutient qu’une grande partie du retard économique dans le monde peut s’expliquer par l’absence de confiance mutuelle [53].
1974
Hong Kong crée l’ICAC — Après la fuite du commissaire de police Peter Godber avec 4,3 millions de dollars de Hong Kong d’avoirs, Hong Kong institue en février 1974 une commission indépendante de lutte contre la corruption [38].
1995
Bogotá met la culture civique à l’épreuve — Le maire Antanas Mockus lance un programme de culture citoyenne ; les homicides passent ensuite de 88 à 22 pour 100 000 habitants en 2003 [51].
2004
La Géorgie congédie sa police de la circulation — Environ 15 000 agents de la police de la circulation, soit près de 85 % des effectifs, sont congédiés en une seule journée de juillet 2004 et remplacés par une nouvelle police de patrouille [36].
2012
La confiance grecque touche le fond — En pleine crise de la dette, la confiance dans le gouvernement national grec tombe à 7 %, contre plus de 50 % en 2004 [45].
2021
Première vague de l’enquête de l’OCDE sur la confiance — Le Japon enregistre 24 % de confiance dans le gouvernement national et la Norvège 64 %, des niveaux qui servent de référence aux vagues suivantes [3] [2].
2022
La confiance prédit l’issue de la pandémie — Une étude du Lancet portant sur 177 pays associe la confiance, et non les indices de préparation, à des taux d’infection au COVID-19 plus faibles [15].
2023
Le scandale des caisses noires au Japon — Le parquet enquête sur les factions du Parti libéral-démocrate ; la cote de popularité du Premier ministre Kishida tombe jusqu’à 17 % [50].
2024
L’OCDE mesure 39 % de confiance — La deuxième vague de l’OCDE, couvrant 30 pays, relève 39 % de confiance contre 44 % de confiance faible ou nulle ; au Royaume-Uni, les enquêtes enregistrent une confiance dans les responsables politiques au plus bas historique [5] [44].
2026
La confiance se stabilise, le fossé de l’écoute se creuse — La troisième vague de l’OCDE relève 40 % de confiance contre 43 %, avec un écart de 47 points entre ceux qui se sentent entendus et les autres [1].

L’Estonie met à mal l’idée selon laquelle des services publics performants produiraient automatiquement de la confiance. Le pays est réputé dans le monde pour ses services publics numériques ; pourtant, dans les résultats de l’OCDE de 2024, seuls 38 % des Estoniens faisaient confiance à leur gouvernement national, soit 9 points de moins qu’en 2021 ✓ Fait établi [58]. La même enquête relevait une confiance de 74 % dans la police, de 62 % dans les tribunaux et de 60 % envers autrui [58]. L’Estonie reproduit ainsi le modèle nordique en miniature : une forte confiance dans les institutions administratives impartiales et dans les concitoyens, conjuguée à une confiance volatile dans les gouvernements élus. Des services efficaces créent de la confiance dans les services ; ils ne protègent pas à eux seuls les gouvernements des conséquences politiques de l’inflation, des hausses d’impôts ou de choix contestés. Le cas estonien met en garde contre l’optimisme technocratique — la conviction qu’une meilleure prestation de services suffira, à elle seule, à réparer la défiance politique.

La Grèce et le Liban montrent avec quelle rapidité la confiance peut s’effondrer lorsque les institutions échouent au vu de tous et que les coûts sont inégalement répartis. En Grèce, la confiance dans le gouvernement national est passée de plus de 50 % en 2004 à 7 % en 2012, et n’est jamais remontée au-delà de 37 % ◈ Preuves solides [45]. Au Liban, les enquêtes du Baromètre arabe montrent une confiance dans le gouvernement et le Parlement inférieure à 10 % en 2024, après un effondrement bancaire qui a anéanti l’épargne des déposants ordinaires [49]. Dans les deux pays, l’effondrement a suivi un schéma conforme aux travaux universitaires : un choc économique vécu comme injuste, dont le coût a été supporté par ceux qui n’en étaient pas responsables, a bien plus durement affecté la confiance dans les institutions politiques que la confiance envers les voisins ou envers des institutions comme l’armée [30] [49]. Dans les deux cas, le redressement a été lent. La confiance perdue semble se regagner plus lentement qu’elle ne se perd, car les citoyens ont besoin de preuves répétées d’un changement de comportement avant de réviser des attentes forgées pendant une crise.

La Suisse et la Norvège, à l’autre extrémité de la distribution, illustrent deux voies vers une confiance élevée et durable. La Suisse enregistrait 61,9 % de confiance dans le gouvernement national en 2023 et 61,57 % dans les résultats publiés en 2026, le niveau le plus élevé de l’OCDE [6] [43]. Son système conjugue fédéralisme, gouvernement de concordance et recours fréquent à la démocratie directe, ce qui donne aux citoyens, plusieurs fois par an, une voix formelle sur des décisions précises. La Norvège s’appuie quant à elle sur des institutions sociales universelles et sur une fonction publique impartiale, et la confiance dans son gouvernement s’est révélée résiliente : après être tombée à 48 % en 2023, elle est remontée à 57 % en 2025 [2]. Les deux systèmes fournissent aux citoyens des preuves répétées que les institutions sont équitables et à l’écoute — l’un par la participation, l’autre par l’impartialité des services rendus. La comparaison suggère qu’il existe plus d’un chemin vers une confiance élevée, mais que tous passent par une équité visible et par la voix des citoyens ◈ Preuves solides [1] [17].

06

La confiance peut-elle se reconstruire ?
La Géorgie, Hong Kong, Singapour et Bogotá — et ce qu’ils ont en commun

La Géorgie a congédié environ 15 000 agents de la police de la circulation en une seule journée en 2004, et son rang dans l’indice de perception de la corruption est passé du 130e au 64e en 2011 ✓ Fait établi [36] [35]. La commission indépendante de lutte contre la corruption de Hong Kong, créée en 1974, a refondé une police autrefois synonyme de prévarication [38]. Ces cas montrent que la confiance peut se reconstruire — par des changements visibles et crédibles du comportement des institutions, et non par la communication.

La réforme géorgienne est le cas contemporain le plus souvent cité. Après la révolution des Roses de 2003, le nouveau gouvernement a congédié environ 15 000 agents de la police de la circulation — près de 85 % des effectifs — en une seule journée de juillet 2004, et quelque 30 000 policiers au total ont quitté les forces de l’ordre ✓ Fait établi [36]. Le corps a été reconstitué sous la forme d’une police de patrouille plus réduite et mieux rémunérée, dotée de nouveaux uniformes, de nouveaux véhicules et de nouvelles normes de recrutement ; le ratio de policiers par habitant est passé d’un pour 78 à un pour 214 en 2006 [36]. L’étude que la Banque mondiale a consacrée à ces réformes en 2012 documente des transformations parallèles de l’administration fiscale, des douanes, de l’approvisionnement en électricité, des registres publics et de l’admission à l’université [34]. Les résultats étaient mesurables. Le rang de la Géorgie dans l’indice de perception de la corruption est passé du 130e sur 158 pays en 2005 au 64e en 2011, et son rang au classement Doing Business de la Banque mondiale du 112e au 16e [35]. En 2009, un sondage de l’International Republican Institute plaçait la police au troisième rang des institutions les plus populaires du pays [36].

Les enquêtes sur la confiance dans la police confirment cette transformation, tout en en montrant les limites. Le Baromètre du Caucase, réalisé par les Caucasus Research Resource Centers, a enregistré une confiance dans la police de 67 % en 2011, de 50 % en 2012 et de 58 % en 2013 ✓ Fait établi [37]. La confiance était plus élevée dans les zones rurales que dans la capitale — 67 % contre 49 % en 2013 —, ce qui concorde avec l’idée que les citoyens jugent les institutions à l’aune de leurs propres rencontres avec elles [37]. Le recul observé après 2011 rappelle que la confiance bâtie par le changement institutionnel reste subordonnée à la constance des comportements, et qu’elle se regagne à chaque rencontre [37]. La Banque mondiale a présenté la leçon comme un défi au fatalisme : son rapport soulignait que la corruption est parfois perçue comme endémique, propre à une culture locale et inévitable — et que l’expérience géorgienne prouvait le contraire [35]. L’élément décisif n’a pas été une campagne de communication, mais la disparition visible du pot-de-vin au bord de la route, une expérience que presque chaque citoyen pouvait vérifier par lui-même.

✓ Fait établi Le rang de la Géorgie dans l’IPC est passé du 130e sur 158 en 2005 au 64e en 2011, après le remplacement de l’essentiel de sa police de la circulation en une journée

Environ 15 000 agents de la circulation, soit près de 85 % des effectifs, ont été congédiés en juillet 2004 et remplacés par une police de patrouille reconstituée [36]. La Banque mondiale a documenté des réformes parallèles de la fiscalité, des douanes, de l’électricité et des registres, et le rang de la Géorgie au classement Doing Business est passé du 112e au 16e [34] [35]. La confiance dans la police atteignait 67 % dans le Baromètre du Caucase de 2011 [37].

Hong Kong et Singapour montrent le même principe à l’œuvre sur une période plus longue. En juin 1973, le commissaire divisionnaire Peter Godber s’enfuit de Hong Kong alors qu’il faisait l’objet d’une enquête, avec des avoirs d’environ 4,3 millions de dollars de Hong Kong, provoquant l’indignation de la population ✓ Fait établi [38]. Le gouverneur Murray MacLehose réagit en créant en février 1974 la Commission indépendante contre la corruption (ICAC), expliquant que le public aurait davantage confiance dans une unité entièrement indépendante et séparée de toute administration [38]. Godber fut extradé et jugé en 1975, et la commission procéda, au cours de ses premières années, à l’arrestation d’un grand nombre de policiers en activité [38]. Le Corrupt Practices Investigation Bureau de Singapour a suivi un modèle similaire de répression indépendante ; dans l’indice 2024 de Transparency International, Singapour obtenait un score de 84 et se classait troisième sur 180 pays, premier de la région Asie-Pacifique [39]. Dans les deux cités-États, la crédibilité de la réforme a reposé sur la poursuite précoce de personnalités influentes de l’intérieur du système, démontrant que les règles s’appliquaient désormais à tous.

L’expérience de la Géorgie montre que le cercle vicieux de la corruption endémique peut être brisé.

— Banque mondiale, Fighting Corruption in Public Services : Chronicling Georgia’s Reforms, janvier 2012

Bogotá propose un autre modèle, centré sur les normes civiques plutôt que sur la répression. Antanas Mockus, élu maire en 1995, a lancé un programme de culture citoyenne recourant à des interventions symboliques — notamment des mimes qui tournaient en dérision les contrevenants au code de la route aux carrefours — en complément des moyens policiers classiques [51]. Au cours des années suivantes, les homicides sont passés de 88 à 22 pour 100 000 habitants en 2003, les décès annuels sur la route d’environ 1 300 à environ 600, et la consommation d’eau a baissé d’environ 40 % lors d’une pénurie ◈ Preuves solides [51]. Quelque 63 000 habitants ont volontairement versé 10 % d’impôt supplémentaire [51]. Il est difficile d’attribuer ces évolutions au seul programme, puisque le maintien de l’ordre et la conjoncture économique ont également changé. Mais le cas de Bogotá illustre un mécanisme que prédit la littérature sur la confiance : lorsque les citoyens voient les autres respecter des règles communes, leurs propres attentes de réciprocité augmentent, et le piège social commence à se desserrer [19].

Les traits communs aux reconstructions réussies concordent avec les travaux universitaires. Premièrement, le changement a été visible là où les citoyens rencontrent l’État — le contrôle de police sur la route, le centre des impôts, le registre [34] [37]. Deuxièmement, les réformes ont visé très tôt les puissants, signalant que l’impartialité était réelle [38]. Troisièmement, les institutions ont été rendues structurellement indépendantes des acteurs politiques qu’elles auraient sinon pu servir [38] [39]. Quatrièmement, le succès s’est mesuré à l’expérience vécue plutôt qu’aux annonces ◈ Preuves solides [1] [5]. Le débat historique sur la Suède — sa transition fut-elle un big bang ou une évolution graduelle ? — importe moins pour l’action publique que cette leçon partagée : la confiance a suivi lorsque les citoyens ont pu constater, de manière répétée et directe, que les institutions se comportaient avec impartialité [19] [40]. Les risques qui accompagnent ces réformes se retrouvent eux aussi d’un cas à l’autre, et ils déterminent si une réforme produit une confiance durable ou un gain passager.

Risque pour la reconstruction de la confianceGravitéÉvaluation
Réforme accaparée par les gouvernants
Critique
Les organes de lutte contre la corruption qui rendent compte au parti au pouvoir peuvent devenir des armes contre les opposants et détruire l’impartialité qui avait produit la confiance [18] [38].
La communication au lieu de la conduite
Élevée
L’OCDE constate que le sentiment d’être entendu compte davantage que la communication ; des campagnes sans changement visible des comportements laissent le fossé de l’écoute intact [1] [4].
Répartition inégale des coûts
Élevée
Les données issues des crises montrent que la confiance s’effondre lorsque les difficultés sont vécues comme injustes ; les réformes qui font peser les coûts sur les plus fragiles érodent la confiance [30] [45].
Espaces informationnels cloisonnés
Moyenne
Edelman constate que 70 % des répondants hésitent à faire confiance à des personnes ne partageant pas leurs valeurs, ce qui limite la diffusion des preuves de réforme d’un groupe à l’autre [8].
Recul après un changement de dirigeants
Moyenne
La confiance dans la police géorgienne est passée de 67 % en 2011 à 50 % en 2012 ; les acquis exigent une conduite constante [37].
La confiance suit la conduite, avec retard, dans les deux sens

Les cas de reconstruction partagent une asymétrie. La confiance chute en quelques mois lorsque les institutions échouent au vu de tous, comme en Grèce après 2010, mais ne se rétablit qu’au terme d’années de preuves répétées, comme en Géorgie et à Hong Kong [45] [36] [38]. Les réformateurs qui escomptent un dividende de confiance en l’espace d’un cycle électoral risquent d’être déçus. Ceux qui changent les comportements au point de contact et maintiennent ce changement peuvent s’attendre à ce que la confiance mesurée suive.

Les cas de reconstruction éclairent aussi ce qui ne fonctionne pas. Aucun exemple recensé dans la littérature ne montre une hausse durable de la confiance parce qu’un gouvernement aurait proclamé sa fiabilité ou mené une campagne pour susciter la confiance. Les conclusions de l’OCDE publiées en 2024, qui relient la confiance avant tout à la voix, à l’intégrité et à l’équité de traitement, impliquent que la confiance est un sous-produit de la conduite institutionnelle plutôt qu’un objectif que l’on pourrait poursuivre directement ◈ Preuves solides [5]. L’argument d’Onora O’Neill — l’objectif devrait être davantage de confiance envers ceux qui en sont dignes, et non davantage de confiance en soi — constitue le principe opérationnel qui sous-tend chacune des réussites [33]. Pour les sociétés de défiance, la question n’est donc pas de savoir comment persuader les citoyens de faire confiance, mais comment rendre les institutions manifestement dignes de confiance là où les citoyens les rencontrent. En Géorgie, à Hong Kong et à Singapour, la réponse a consisté à poursuivre les initiés du système et à garantir une indépendance structurelle. Dans les pays nordiques, elle a résidé dans des services universels et impartiaux, assurés au fil des générations.

07

Culture ou institutions
Le débat non tranché sur l’origine de la confiance — et sur la question de savoir si son recul pose problème

Les économistes qui suivent la confiance d’une génération à l’autre constatent qu’elle persiste pendant des siècles ◈ Preuves solides [21] [22] ; les politistes qui suivent des individus dans le temps constatent qu’elle réagit aux institutions [25]. D’autres soutiennent qu’une faible confiance dans des institutions indignes de confiance est saine ⚖ Contesté [32]. L’issue de ce débat détermine ce que la réforme peut accomplir.

L’explication culturelle repose sur des preuves solides. Algan et Cahuc ont montré que les Américains reçoivent en héritage la confiance des pays d’origine de leurs ancêtres, et que cette confiance héritée prédit les performances économiques de ces pays d’origine [21]. Eric Uslaner a constaté que les Américains dont les grands-parents venaient de pays de confiance, comme les États nordiques ou la Grande-Bretagne, sont plus confiants, et que l’ascendance ethnique semblait compter davantage que l’environnement actuel ◈ Preuves solides [27]. Nunn et Wantchekon ont fait remonter la défiance africaine aux traites des siècles passés et constaté que l’essentiel de l’effet passe par des normes et des croyances intériorisées [22]. Guiso, Sapienza et Zingales ont rattaché le capital civique italien à l’autonomie communale médiévale [24]. Si ces travaux saisissent le canal principal, la confiance est une variable lente, sur laquelle l’action publique ne peut peser qu’à l’échelle des générations. Les sociétés de défiance seraient prisonnières de leur histoire, et les sociétés de confiance jouiraient d’un héritage durable qu’une gouvernance raisonnablement bonne suffirait à préserver.

L’explication institutionnelle s’appuie sur des preuves tout aussi solides, mais d’une autre nature. Sønderskov et Dinesen ont montré, au niveau des mêmes individus suivis pendant 18 ans, que les évolutions de la confiance institutionnelle précédaient celles de la confiance sociale [25]. Dinesen a établi que la confiance des immigrés réagit aux institutions du pays d’accueil autant qu’à la culture du pays d’origine [26]. Kumlin et Rothstein ont relié la conception des prestations sociales à la confiance de leurs bénéficiaires [20]. Les cas de reconstruction — Géorgie, Hong Kong, Singapour — montrent que la confiance mesurée dans des institutions précises peut évoluer en moins d’une décennie ◈ Preuves solides [35] [38] [39]. Les deux explications ne sont pas strictement incompatibles : la transmission culturelle explique pourquoi les niveaux de confiance sont persistants, les effets institutionnels expliquent comment ils peuvent changer. Le constat utile pour l’action publique est que les institutions constituent la seule partie du système que les gouvernements peuvent réformer directement, et que leurs effets, une fois installés, se cumulent de génération en génération.

⚖ Contesté La question de savoir si la confiance relève surtout d’une culture héritée ou d’un produit institutionnel reste contestée

Les études sur la transmission constatent que la confiance se transmet à travers les générations et les continents [21] [27] [22] ; les études de panel et sur les migrations constatent que les institutions façonnent la confiance au cours d’une vie [25] [26]. Une réplication de 2017 a remis en cause certains aspects de la stratégie d’identification d’Algan et Cahuc [57]. La plupart des chercheurs admettent aujourd’hui que les deux canaux sont à l’œuvre, mais divergent sur leur poids relatif.

Un deuxième débat porte sur la question de savoir si le recul de la confiance pose réellement problème. Pippa Norris, dans son ouvrage de 2022 In Praise of Skepticism, s’est appuyée sur des données d’enquête portant sur plus de 100 sociétés pour comparer la confiance des citoyens à la compétence, à l’honnêteté et à l’impartialité effectives de leurs gouvernements, et a soutenu que les risques d’une confiance excessive et crédule sont couramment sous-estimés ⚖ Contesté [32]. Selon cette approche, la mesure pertinente n’est pas le niveau de confiance mais son adéquation à la fiabilité réelle. Une faible confiance envers un gouvernement corrompu est le signe d’une citoyenneté qui fonctionne ; une forte confiance envers un gouvernement indigne de confiance est dangereuse. O’Neill a fait valoir que la prétendue crise de la confiance tiendrait davantage à ce que les gens déclarent aux sondeurs qu’à un refus actif de faire confiance dans la vie quotidienne [33]. Les citoyens qui affirment aux sondeurs se défier des médecins ou des fonctionnaires continuent de recourir à leurs services. Les données comportementales issues des portefeuilles perdus et du respect des consignes sanitaires suggèrent que la confiance déclarée est bien corrélée aux comportements, mais que cette corrélation reste imparfaite [52] [15].

Un troisième débat concerne la mesure d’un système politique à l’autre. Le baromètre de confiance Edelman classe régulièrement la Chine, les Émirats arabes unis, l’Inde et l’Indonésie parmi les sociétés les plus confiantes, avec des scores de 73 à 80 à son indice de confiance en 2026, tandis que le Japon, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni obtiennent entre 38 et 44 [8]. Ses détracteurs, notamment une vérification des faits de Radio Free Asia, font valoir que les répondants vivant sous des régimes autocratiques surestiment leur confiance par prudence, et relèvent que certains gouvernements bien classés ont entretenu des relations commerciales avec Edelman ⚖ Contesté [54]. L’enquête de l’OCDE, limitée aux démocraties membres et aux pays candidats à l’adhésion, emploie d’autres méthodes et donne une image différente, le Japon s’y situant à 46 % en 2025 plutôt qu’en bas du classement [3]. Un quatrième débat porte sur la diversité : la méta-analyse de 87 études met en évidence une association négative modeste entre diversité ethnique et confiance sociale, mais Rothstein et Uslaner soutiennent que les inégalités et la corruption pèsent davantage [28] [17].

La thèse culturelle

La confiance se transmet
Les descendants d’immigrés conservent le niveau de confiance de leurs ancêtres, lequel prédit le revenu de leur pays d’origine [21] [27].
L’histoire persiste pendant des siècles
L’exposition à la traite et l’autonomie communale médiévale prédisent encore la confiance aujourd’hui [22] [24].
Les traits nordiques se cumulent
Homogénéité, tradition protestante et égalité vont de pair avec une confiance élevée dans 60 pays [29].
La diversité a des effets mesurables
Une méta-analyse de 87 études met en évidence une association négative significative avec la confiance envers les voisins [28].
Conséquence : la réforme est lente
Si la culture domine, les sociétés de défiance doivent compter en générations pour changer [22].

La thèse institutionnelle

Les institutions engendrent la confiance sociale
Les panels danois montrent que la confiance institutionnelle précède la confiance sociale sur 18 ans [25].
Les migrants s’adaptent
La confiance des immigrés reflète les institutions du pays d’accueil autant que la culture d’origine [26].
La conception des prestations compte
Les prestations sous condition de ressources sont associées à une confiance plus faible que les prestations universelles [20].
La réforme fait bouger la confiance en quelques années
La Géorgie, Hong Kong et Singapour ont transformé la confiance dans des institutions précises en moins d’une décennie [35] [38] [39].
Conséquence : la réforme fonctionne
Des institutions impartiales et universelles peuvent produire une confiance qui se cumule ensuite de génération en génération [17] [18].

L’état actuel des connaissances plaide pour une synthèse. La transmission culturelle est réelle et explique la persistance : les niveaux de confiance sont tenaces parce que les attentes se transmettent des parents aux enfants et se trouvent confortées par l’expérience quotidienne [21] [22]. Les effets institutionnels sont tout aussi réels et expliquent le changement : lorsque les institutions se comportent autrement pendant assez longtemps, les attentes se mettent à jour, d’abord chez ceux qui les côtoient directement, puis dans l’ensemble de la société [25] [26] ◈ Preuves solides. Les cas historiques s’inscrivent dans ce schéma. Le capital civique italien a persisté parce que les conditions institutionnelles sont restées moins favorables dans le Sud pendant des siècles [24] ; la confiance dans la police géorgienne a progressé parce que l’institution elle-même a été remplacée [36]. Dans cette synthèse, la culture n’est autre que de l’expérience institutionnelle accumulée. Elle évolue lentement parce que l’expérience s’accumule lentement — et non parce qu’elle serait imperméable au changement.

Cette synthèse a une conséquence pratique sur la manière de mesurer la confiance et d’en débattre. Les chiffres phares de la confiance dans le gouvernement, qui réagissent aux scandales, aux élections et aux cycles économiques, renseignent mal sur l’état profond du capital social d’une société. Les mesures de la confiance dans les tribunaux, la police, la fonction publique et les concitoyens évoluent plus lentement et rendent mieux compte du socle institutionnel [7] [12]. Un pays peut perdre confiance dans un gouvernement donné tout en conservant sa confiance dans ses institutions, comme la Norvège après 2021, ou perdre les deux, comme la Grèce et le Liban [2] [45] [49]. Distinguer ces deux situations est indispensable au diagnostic. La première relève d’un problème politique que des élections peuvent résoudre. La seconde relève d’un problème structurel qui exige une réforme institutionnelle — et, au vu des données, des années de conduite constante avant que la confiance mesurée ne se rétablisse ◈ Preuves solides [37] [45].

08

Ce que nous apprennent les preuves
La confiance suit la fiabilité, lentement, dans un sens comme dans l’autre

Les travaux convergent vers une conclusion claire : la confiance est produite principalement par des institutions impartiales et à l’écoute, et le déterminant le plus puissant, dans l’enquête de l’OCDE, est le sentiment d’être entendu ◈ Preuves solides [1] [25]. Les équilibres de défiance persistent parce que la défiance est rationnelle, mais ils peuvent être rompus par des changements visibles de la conduite des institutions, comme l’ont montré la Géorgie et Hong Kong [35] [38].

Le grand livre du capital social peut désormais se lire avec une certaine assurance. À l’actif, les pays de confiance détiennent un stock accumulé d’expérience institutionnelle : des générations d’administration impartiale, de services universels et de faible corruption, qui ont formé des citoyens s’attendant à être traités équitablement et se comportant en conséquence [13] [17] [25]. Au passif, les pays de défiance portent un stock de suspicion rationnelle hérité d’institutions prédatrices, parfois vieilles de plusieurs siècles [22] [24]. L’enquête de l’OCDE montre que les flux qui alimentent ou épuisent ces stocks dépendent avant tout de l’expérience procédurale — la voix, l’équité, l’intégrité — plutôt que de la seule croissance ou de la seule qualité des prestations ◈ Preuves solides [1] [5]. L’écart de 47 points entre ceux qui se sentent entendus et les autres constitue le résultat le plus marquant de ces données [1]. Il désigne le déficit le plus important des démocraties riches : non pas un manque de compétence, mais l’absence du sentiment que la participation change les résultats.

Les enjeux économiques sont considérables. Les estimations d’Algan et Cahuc fondées sur la confiance héritée, même minorées pour tenir compte de l’incertitude méthodologique, impliquent entre les grandes économies européennes des écarts de revenu de 6 % à 17 % imputables à la seule confiance [21] [57]. Les données sur la pandémie suggèrent que la confiance a davantage pesé sur les taux d’infection que les plans officiels de préparation [15] [16]. Les travaux sur le populisme montrent que la défiance née des crises se traduit par un vote antisystème, avec des conséquences pour la stabilité des politiques publiques et la qualité des institutions ◈ Preuves solides [30]. La confiance n’est donc pas une variable secondaire que les services de communication pourraient gérer. C’est un déterminant de la performance économique, de la capacité sanitaire et de la stabilité politique — et, parce qu’elle se bâtit lentement et se perd vite, c’est une variable dans laquelle les incitations politiques de court terme conduisent systématiquement à sous-investir.

Les implications pour l’action publique découlent directement de ces déterminants. Premièrement, les institutions devraient être conçues de manière à réduire au minimum le pouvoir discrétionnaire au point de contact, en privilégiant autant que possible les prestations universelles sur les prestations sous condition de ressources, et des règles transparentes là où le pouvoir discrétionnaire est inévitable [20] [18]. Deuxièmement, la lutte contre la corruption doit être structurellement indépendante et atteindre les puissants dès le début, comme à Hong Kong et à Singapour [38] [39]. Troisièmement, la participation doit avoir des effets réels : les données de l’OCDE montrent que le droit de vote ne suffit pas à combler le fossé de l’écoute, et que les citoyens ont besoin de preuves que leur contribution modifie les décisions ✓ Fait établi [1] [4]. Quatrièmement, en temps de crise, les coûts doivent être répartis d’une manière que les citoyens jugent équitable, puisque c’est l’injustice, plus que les difficultés elles-mêmes, qui provoque l’effondrement de la confiance politique [30] [45]. Cinquièmement, le succès devrait se mesurer à la confiance dans des institutions précises et à des indicateurs comportementaux, et non à la popularité des gouvernements [7] [52].

La confiance suit la fiabilité

Tous les résultats robustes de ce rapport vont dans le même sens. La confiance progresse là où les institutions sont impartiales, à l’écoute et intègres, et recule là où elles ne le sont pas ; elle persiste parce que les attentes se transmettent, et change lorsque la conduite change assez longtemps pour les réviser [25] [26] [36]. L’objectif de l’action publique n’est pas la confiance elle-même, mais la fiabilité là où les citoyens rencontrent l’État.

Plusieurs incertitudes demeurent. Le poids relatif de la culture et des institutions n’est pas établi, et les estimations fondées sur la transmission sont sensibles aux choix méthodologiques [57] [27]. Les enquêtes internationales ne saisissent peut-être pas la confiance de manière équivalente d’un système politique à l’autre, comme le montre le débat sur le biais autocratique des enquêtes commerciales [54]. Les raisons de la forte hausse de la confiance au Japon et en Corée entre 2021 et 2025 ne sont pas encore établies, et pourraient relever de cycles politiques plutôt que d’un changement institutionnel ⚖ Contesté [3] [43]. L’effet de la diversité ethnique est réel mais modeste, et son interaction avec la qualité institutionnelle reste mal comprise [28]. Enfin, l’argument de Norris et d’O’Neill — selon lequel une faible confiance dans des institutions indignes de confiance est saine — implique que certains reculs mesurés pourraient traduire un meilleur discernement des citoyens plutôt qu’une détérioration [32] [33]. Ces incertitudes invitent à la prudence dans l’interprétation des variations de court terme, mais elles ne remettent pas en cause la conclusion centrale.

La comparaison des pays suggère une dernière leçon, qui tient au temps. Le stock de confiance nordique s’est constitué au fil de plus d’un siècle de réformes institutionnelles, et il absorbe des chocs politiques qui déstabiliseraient des sociétés moins confiantes [41] [2]. La Géorgie a bâti en moins d’une décennie une confiance mesurable dans sa police, mais en a vu une partie s’éroder lorsque la conjoncture politique a changé [37]. La Grèce a perdu l’essentiel de sa confiance politique en 4 ans et ne l’a recouvrée qu’en partie au cours de la décennie et plus qui a suivi [45]. La confiance s’accumule lentement et se dépense vite. Pour les gouvernements, cela signifie que la confiance dont ils héritent est pour l’essentiel le fruit de la conduite de leurs prédécesseurs, et que celle qu’ils légueront sera le fruit de la leur. Pour les citoyens, cela signifie que la défiance est souvent une lecture raisonnable des faits, et que l’exigence légitime n’est pas d’être rassurés, mais de disposer d’institutions qui méritent la confiance.

Le grand livre du capital social apporte ainsi une réponse à la question posée en titre. Certains pays font confiance à leurs institutions parce que celles-ci ont, sur de longues périodes, traité les citoyens avec impartialité, les ont écoutés et se sont abstenues de toute prédation — et parce que cette expérience s’est transmise de génération en génération sous forme d’attentes [17] [25] [21]. D’autres ne font pas confiance à leurs institutions parce que leur expérience a été différente, et leur défiance est une adaptation rationnelle qui persiste tant que la conduite ne change pas. La confiance peut se reconstruire : la Géorgie, Hong Kong, Singapour et, de manière plus incertaine, le Japon et la Corée montrent que la confiance mesurée réagit à des changements institutionnels visibles ◈ Preuves solides [35] [38] [39] [3] [43]. Mais elle ne se reconstruit que par une fiabilité démontrée encore et encore, là où les citoyens rencontrent l’État. Les 40 % d’habitants de l’OCDE qui font confiance à leur gouvernement, et les 43 % qui ne lui font pas confiance, n’expriment pas un caractère national. Ils rendent compte de ce que leurs institutions leur ont appris.

SRC

Sources primaires

Toutes les affirmations factuelles de ce rapport sont sourcées à des publications précises et vérifiables. Les projections sont clairement distinguées des constats empiriques.

Citer ce rapport

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OsakaWire Intelligence. (2026, October 13). Pourquoi certains pays font confiance à leurs institutions. Retrieved from https://osakawire.com/fr/why-some-countries-trust-their-institutions/
CHICAGO
OsakaWire Intelligence. "Pourquoi certains pays font confiance à leurs institutions." OsakaWire. October 13, 2026. https://osakawire.com/fr/why-some-countries-trust-their-institutions/
PLAIN
"Pourquoi certains pays font confiance à leurs institutions" — OsakaWire Intelligence, 13 October 2026. osakawire.com/fr/why-some-countries-trust-their-institutions/

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  <p>Voix, équité, impartialité : ce que révèlent l’OCDE, les pays nordiques et la Géorgie sur la manière dont la confiance publique se perd et se reconstruit.</p>
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